Ferdinand Zacharie JAPIOT

Ferdinand Zacharie JAPIOT

Né le 5 avril 1825 à Bussy-en-Othe, Ferdinand Japiot grandit dans une famille marquée par le service de l’État : son père, Jean Marie Japiot, était brigadier forestier puis sous-inspecteur des forêts à Verdun. Ferdinand suivra une voie similaire, devenant garde général des forêts puis ingénieur des eaux et forêts. En 1854, il épouse Ernestine Virginie Guy, avec qui il partagera sa vie et ses engagements jusqu’à sa mort en 1905.

Car Ferdinand Japiot n’est pas seulement un fonctionnaire consciencieux. Il s’implique profondément dans la vie verdunoise, notamment comme président de la Société de Secours aux blessés militaires – ancêtre de la Croix-Rouge locale. Mais c’est avant tout comme fondateur et président de la Société d’Horticulture de la Meuse qu’il laisse sa marque. Sous sa direction, la société se transforme en véritable coopérative d’achats pour ses membres et en centre actif de recherches horticoles. Il nourrit même le projet ambitieux de lui offrir un jardin expérimental. La mort le prendra en 1905, avant qu’il ait pu le voir naître.

C’est alors qu’Ernestine entre dans l’histoire. Décidée à honorer le vœu de son mari, elle finance largement la création de ce jardin. Le parc devient un terrain d’expérimentation vivant, où membres et passionnés cultivent de nombreuses plantes, installent un jardin-école et organisent chaque année une exposition ouverte au grand public pour faire découvrir leurs travaux et recherches.

À partir de 1909, le site est aménagé en promenade par l’architecte paysagiste nancéien Picoré. Peu après, l’architecte Chenevier y fait construire le Pavillon Japiot, élégante bâtisse dans le style Belle-Époque. Resté propriété privée pendant des décennies, le parc est finalement cédé à la Ville de Verdun le 11 juillet 1962.

Aujourd’hui, le parc municipal Japiot est un véritable poumon vert en plein cœur de la ville. Niché entre la Meuse et l’avenue du Luxembourg, il invite à la promenade, au jeu et aux animations estivales. Un buste en bronze à l’effigie de Ferdinand, réalisé par le sculpteur Athanase Fossé et coulé par les fondeurs Bingen & Costenoble, veille sur les lieux – discret hommage à celui qui, avec Ernestine, a offert ce coin de verdure aux Verdunois.

La Vierge du chêne

Au détour de la petite route qui mène de Béthelainville à la D18 se trouve un vieux chêne sénescent. Penché sur la route, tordu et quasiment défeuillé, il est creux.
Dans cette niche naturelle, est placée une Vierge. Lieu de recueillement pour les paroissiens de la commune, cet endroit de vénération a pour origine un acte de reconnaissance d’une famille de bûcherons.

À la fin du XIXe siècle, ceux-ci, perdus la nuit en forêt, se seraient abrités sous ce chêne et auraient prié la Vierge. Celle-ci les aurait ainsi protégés de l’orage. Pour la remercier, ils ont placé au sein de la cavité de l’arbre, une statuette de la Sainte-Vierge.
Chaque 15 août depuis 1947, la messe est célébrée à « Notre-Dame du Chêne ».

Pour que ce trisaïeul témoin traverse encore quelques siècles, la commune a dû intervenir : il est aujourd’hui haubané de câbles et ceinturé, discrets tuteurs qui le maintiennent debout sans trahir sa dignité.
Lorsque j’y suis passé pour la deuxième fois, la sculpture n’était plus là. En effet celle-ci fut dérobée par 2 fois (1914 et 2010), la paroisse a dû la mettre en sécurité.

Où le passé viticole de Resson se lit sur le porche de l'église Saint-Rémi.

Découvrez le passé viticole méconnu de Resson dans la Meuse.

L’âge d’or de la viticulture à Resson dans la Meuse

Resson, près de Bar-le-Duc dans la Meuse, était un village de vignerons. La vigne s’étirait sur les coteaux favorablement exposés.
En 1887, sur 840 ha qui composaient le territoire de la commune, 180 ha étaient consacrés à la vigne sur les espaces les plus favorables à son développement.
La viticulture était la principale activité de la communauté villageoise. Elle a depuis disparu pour laisser place aux taillis, aux prairies et à des vergers.

L’église Saint-Rémi : une « bande dessinée » de pierre

Il suffit de lever les yeux vers le porche de l’église Saint-Rémi (Fin XVe siècle, début XVIe siècle) pour encore admirer telles une BD les sculptures polychromes du passé viticole du village.
Ces sculptures racontent le quotidien des vignerons d’autrefois. C’est un livre ouvert sur les gestes, les outils et la culture d’un métier qui a façonné l’identité du village, nous faisant remonter le temps et redécouvrir la vie rurale des Ressonnais dans toute sa splendeur.

Un héritage familial et historique

L’église Saint-Rémi est un lieu chargé d’émotions personnelles. C’est aussi l’église où fut baptisé mon grand-père comme nombre de ses ancêtres avant lui.

Bornes Vauthier

Avocourt (55)

De nombreuses bornes singulières marquent les bas-côtés de nos routes meusiennes. Nous connaissons la Voie-sacrée, artère vitale de la bataille de Verdun, avec ses bornes caractéristiques reliant Bar-le-Duc à Verdun et la Voie de la liberté marquant l’itinéraire suivi par la 3e armée américaine commandée par le général Patton en 1944.

Il est une troisième sorte de borne que l’on nomme communément Borne Vauthier. C’est un ensemble de 118 sculptures de granit matérialisant la ligne de front telle qu’elle se présentait lors de l’offensive finale de juillet 1918 (700 km)
Elles seront installées entre 1921 et 1927 suite à une souscription organisée par les Touring club de France et de Belgique.

Monument de granit d’environ 1 m de haut, elles sont l’œuvre du sculpteur Paul Moreau-Vauthier, ancien combattant et auteur de nombreuses œuvres ayant rapport avec la Grande-Guerre.
Sur chaque borne, on retrouve des attributs du soldat (casque Adrian, gourde, grenades)

Pour la Meuse 15 bornes furent installées, mais malheureusement certaines furent détruites ( avec *)

  • Boureuilles *
  • Avocourt
  • Béthincourt *
  • Forges sur Meuse *
  • Samogneux
  • Beaumont-en-Verdunois
  • Le chapitre (Route d’Ornes)
  • Bezonvaux
  • Vaux-devant-Damloup
  • Verdun Eix
  • Haudiomont
  • Les Éparges
  • Lamorville
  • Saint-Mihiel
  • Apremont-la-Forêt


Le lavoir à impluvium de Jametz

Datant de la première moitié du XIXe siècle, le lavoir communal de Jametz est plutôt une rareté dans le nord de la Meuse, région où les sources naturelles sont généralement privilégiées pour alimenter ce type d’ouvrage.

Contrairement aux lavoirs traditionnels, souvent ouverts sur les côtés, celui de Jametz se distingue par ses façades entièrement closes, les préservant des courants d’air, percées uniquement d’une ouverture dans le toit.
Ce dispositif, appelé compluvium, dirige la lumière vers l’intérieur où résonnent les voix et les gestes des lavandières. Mais son rôle est de canaliser l’eau de pluie vers le bassin central : l’impluvium. Jametz possède en outre la particularité rare de disposer d’un double impluvium, et le lavoir a fait l’objet d’une restauration en 2011.

Le principe même de l’impluvium est emprunté à l’Antiquité romaine : ce terme latin désignait à l’origine le bassin creusé au cœur de l’atrium des demeures romaines, destiné à recueillir les eaux de pluie tombant par le compluvium.
Le lavoir de Jametz demeure aujourd’hui l’un des témoins les plus singuliers de la vie rurale meusienne.

La Meuse endormie est sortie de son lit

La Meuse endormie est sortie de son lit
Rien qui ressemble aux drames d’autres régions.
Elle est paisible, lente et serpente calmement à travers les plaines.
Une tranquillité trompeuse.
Mais après des périodes pluvieuses intenses, une force s’accumule et sans faire de bruit, le réveil est parfois brusque.
Nous sommes habitués aux humeurs du fleuve
Cette année, elle nous aura laissé tranquille, car il arrive comme le dit ce dicton que lorsqu’elle saute avant la St-Nicolas alors elle sautera 7 fois dans l’hiver. Ce qui s’est déjà vérifié.
Nous sommes à 2,26 m (station de Verdun – Pont Chaussée) encore assez loin des 3 dernières grandes crues :
Crue de janvier 2002 : 3.98 m
Crue de mai 1983 : 3.42 m
Crue de décembre 2011 : 3.02 m

La crue de 1983 est restée gravée dans les mémoires, car elle était particulièrement tardive (en mai !), prouvant que la Meuse peut être imprévisible, même quand on pense l’hiver terminé. Les foins étaient fauchés dans la vallée, tout fut perdu et il fallut tout brûler.

Guérite d’observation

Guérite d’observation

Lorsqu’on évoque Verdun et ses édifices, on pense aussitôt à l’ossuaire, aux forts de Vaux ou de Douaumont, à la Tranchée des baïonnettes. Mais pour qui parcourt les bois, il est d’autres ouvrages qui retiennent l’attention.
Dans ce que l’on appellera plus tard la Zone Rouge, la terre conserve les traces authentiques d’un passé guerrier et meurtrier. Au cœur des vestiges de béton, l’humain réapparaît – ou plutôt l’empreinte fragile de son passage.

Guérite d’observation

Dans une guérite d’observation, subsistent encore des dépêches et des réclames d’époque. Hiéroglyphes pâles, figés dans le ciment. On y distingue notamment une publicité pour des chaussettes germaniques. Dérisoire, presque absurde, au milieu d’un ouvrage conçu pour surveiller et tuer. Et pourtant.

À l’époque, le bois est une denrée rare. Lors du coffrage, les planches sont protégées par du papier journal. Quand le béton a pris, le bois est récupéré pour d’autres constructions, ou brûlé pour se chauffer en ces temps de pénurie. Le papier, lui, reste prisonnier du ciment.
L’humidité agit comme un solvant.
La pression fixe les pigments.
Le temps achève l’œuvre.

Guérite d’observation

Les encres migrent. Le négatif s’imprime.
Ainsi naît cette étrange chimie de la mémoire, où les préoccupations de l’arrière – une réclame pour des chaussettes, une brève de journal – se retrouvent incrustées dans la peau d’une machine de guerre.

C’est là que la « petite histoire » rejoint la Grande. Paradoxalement, elle la rend bien plus tangible que n’importe quel chiffre de victimes. Lire une publicité pour un produit de confort quotidien sur le mur d’un poste d’observation rappelle que les soldats n’étaient pas seulement des combattants : ils lisaient les nouvelles, se souciaient de leurs pieds gelés, tentaient de maintenir un lien ténu avec la normalité.

Guérite d’observation


Aujourd’hui, la forêt a repris ses droits sur la Zone Rouge, mais elle dissimule une terre qui n’est pas encore guérie. Ces ouvrages sont des capsules temporelles, lentement rongées par l’humidité et l’érosion. Des témoins silencieux qui s’effacent inexorablement.

Ce petit patrimoine, souvent méconnu, mérite pourtant toute notre attention avant que l’oubli ne l’emporte tout à fait. Il rappelle qu’ici vivaient – simplement – des hommes.

Quelle connerie, la guerre.

La charbonnée ou une méthode subtile pour conserver de la viande fraîche.

Dans la plupart de nos villages meusiens, chaque foyer nourrissait un cochon, qui, à son tour,
nourrissait la famille.

Le repas du cochon était constitué d’épluchures, de quelques « patates », d’un peu de betterave et pour ceux qui en avaient la possibilité de farine d’orge. Le tout allongé avec les eaux de vaisselles (eh oui, pas de produits pour faire la vaisselle, éventuellement un peu de cendres pour récurer)

Une fois le Monsieur (on avait aussi beaucoup de respect pour cet animal) mort et découpé, il fallait « l’arranger ». Une grande partie terminait dans le saloir, d’autre, morceaux dans le saindoux (le saucisson se conserve très bien ainsi) ou dans les divers pâtés.

Mais que faire de certains morceaux qui ne se conservaient pas à une époque où les congélateurs
n’existaient pas ?

C’est ainsi que parents et amis recevaient la charbonnée. Une part du cochon (un morceau de boudin, quelques « grillades », une ou deux côtes) était distribué autour de soi sans oublier l’instituteur et monsieur le curé.

Certes cet élan de générosité avait pour but d’entretenir l’amitié mais pas que ! En effet lorsqu’on avait reçu la charbonnée, il était de bon ton de rendre la pareille.

Ainsi, comme tous les foyers ne tuaient pas le cochon en même temps, chacun pouvait au cours de la saison déguster de la viande fraîche et laisser de côté, le temps d’un ou deux repas la salaison.

(Photo: archives perso)

Saint-Nicolas

Statue de St Nicolas à Arlon (B)

Aujourd’hui on fête Saint-Nicolas
C’est donc le moment de réapprendre sa légende en…
… patois meusien

Statue de St-Nicolas au musée de la Princerie à Verdun (55)

Saint-Nicolas ava trois z’affants
Yun p’tiot et li z’aut’ grands
El’ avont d’mandé le congi
D’aller jouer jusqu’au soupi.

El’avont été et tant v’nus
Que l’soleil on n’est pu r ‘vu
Y s’avont anallés assi l’bouchi
Pou l’y demander à logi.

« — Bouchi ! Bouchi ! veut’ nù logi ?
Fàç’la par pitié, bouchi !
— Allez’-v’za, mi biaux z’affants
J’avan trop d’apich’mants ! »

Sa femme qui éta derri lû
Aussitout, le conseillant :
« El’ avont tout plei d’ârgent,
J’a s’rons riches marchands !

— Av’ nez ! Av’ nez ! mi biaux affants,
J’’prenrans l’mau d’vû logi ! »
Y n’étinmes pu tout attrés
Qui d’mandérent à mingi.

On li z’est fà fou bin souper,
On li z’est mins blanch’ ma couchî.
Quand il est été ménoïe,
Pourtant s’coutiau, y s’analoïe.

Y li z’est prins, li z’est tués
Deda un touni, li z’est salés.
Quand c’est été v’nu au bout d’sept ans,
V’la l’père di trois z’affants.

-« Bouchi ! Bouchi ! Oh, loge-mû !
Si t’nime trop d’embarras.
— Av’ nez ! Av’ nez Saint-Nicolas,
J’prenrans l’mau d’vû logi ! »

Procession de St-Nicolas dans la basilique du même nom

Mais y n’fûm’ pu tout attré
Qui l’est d’mandé à soupî.
On li est appourté don jambon,
Y n’a vu poi, y n’em’ bon !

On l’y appourta don rôti,
Y n’a vû poi, y n’em’ coïe
On l’y appourta don la pin,
Y n’a vù poi, y n’em faim.

-« Appourtez m’don salé
Qui li est sept annéïes qu’v’avez ! »
Quand lû bouchi est oïeu c’la,
Tout courant y s’sauva.

-« Bouchi, Bouchi ! nu t’sauv’ mi,
D’mande-mû pardon, tu l’ari ;
Mais ta femme nû l’aremme,
C’est été léïe qui t’est conseilli !

Elle s’rait padue et bralaïe
Au mitant d’la place don marchi ! »
Saint-Nicolas d’si trois doigts
Li trois z’affants ressuscita.

Lû Pierr’ est dit : « J’a bin dormi ! »
Lû Jean est : « Et mi étout !… »
Lû pu p’tiot est ajouti :
« Jû m’m croyoïe au Paradis ! «

Vitrail de l’Église Saint-Jacques du Tréport (76)

Source : Au pays meusien, mœurs et coutumes locales. Georges Lionnais 1912.

Le monument des Garibaldiens

Le monument des Garibaldiens – Lachalade (55)

Dès le début de la 1ere guerre mondiale, des étrangers (Polonais, grecs, hollandais, belges, slaves et même américains) s’engagent dans la Légion Étrangère. Au sein de celle-ci se constitue un régiment : les Garibaldiens (officiellement Le 4e régiment de marche du 1er étranger). Il est constitué exclusivement par des italiens.
Six des petits-enfants du patriote Giuseppe Garibaldi en feront partie. Le commandant est d’ailleurs l’un d’entre eux : Lieutenant-colonel Peppino Garibaldi


Les frères Garibaldi in « Le Miroir »

Ce régiment s’illustre en particulier en Argonne, au cours de l’hiver 1914/1915, où sont tués 500 volontaires italiens.
C’est là que 2 des 6 frères perdent la vie. Bruno Garibaldi, tué sur le plateau de Bolante, le 26 décembre 1914 et son frère Constante Garibaldi, tué à Courte-Chausse le 5 janvier 1915.

Le dimanche 24 avril 1932 avait lieu à Lachalade, petit village de l’Argonne meusienne, l’inauguration du monument élevé à la mémoire des Garibaldiens tombés au champ d’honneur

La chalade en Argonne : inauguration d’un monument aux volontaires garibaldiens, morts en France : [photographie de presse] / Agence Meurisse. 1932. 1/

L’Associatione nationale Volontari di Guerra d’Italia a fait ériger, un monument (œuvre de Sergio Vatteroni) : une muraille de pierre aux extrémités de laquelle se trouvent des effigies de Constante et de Bruno Garibaldi, sur laquelle s’inscrivent les noms des volontaires italiens tombés en Argonne
La cérémonie est présidée par M Mario Roustan Ministre de l’Instruction Publique, entouré de MM Catru préfet de la Meuse ; Schleiter, député ; Maillard ; sous-préfet de Verdun ; Coselshi, député italien et président des volontaires italiens ; le général Ezio Garibaldi, délégué de la milice fasciste et son frère Sante Garibaldi ; le colonel comte Braborino, attaché militaire d’ambassade ; Roger Barthié président de la Société nationale des combattants volontaires de la grande guerre, etc.

Les Annales politiques et littéraires : revue populaire paraissant le dimanche / dir. Adolphe Brisson. 21/12/1919.

À noter, le dernier poilu décédé en France était un Garibaldien, Lazzare Ponticelli.

Sources des photos anciennes : Gallica dont
Les Annales politiques et littéraires : revue populaire paraissant le dimanche / dir. Adolphe Brisson. 21/12/1919.
Agence Meurisse. 1932. 1/
Le Miroir : 1915-01-24.