Les arbres sournois chuchotent Mais qui est-ce ? La vieille bête solitaire, Sourire de travers, Semble se gausser candidement, L’œil ironique et rond, De ces remarques innocentes. Il reste de bois Et ignore la question, Se noyant intensément Dans ses rêveries sans fin.
Un peu grimaçante, mais spirituelle et non sans intérêt, avec son museau de goret renfrogné, la camionnette est là, elle ne bouge pas, elle soupire. Elle reste là, le teint verdâtre, et le plafond moussu. Elle aimait tant engloutir des kilomètres sur les petites routes pour livrer le pain quotidien, Aujourd’hui, elle n’a plus de goût à rien. Elle patiente, elle végète, elle croupit. Elle redoute l’inconcevable, l’ abominable mais l’inéluctable dégradation, le pare-brise éclaté, le phare pendant, la porte déglinguée, les essuie-glaces tordus, les roues disparues. Et nous passerons tous les jours, matin et soir, sans la considérer, délaissant la longue agonie du vieux tacot.
Abandonné sur la pierre de la solitude Le cœur brûlant survit, à peine, Respire l’éclat de la vérité, Toujours ternie, De couleur sombre rouille. Le chercheur d’absolu, d’inconnu, d’infini Vient pleurer loin des chasseurs de bredouilles Quand tous les souvenirs viennent emporter Toute la douleur de la misère négligée Dans un monde qui l’enjambe sans voir
Après avoir vidé son sac L’écolier s’échappe De la sombre cour d’école Ses grands yeux pleins de rêves. Il préfère l’école buissonnière Et flâner dans les champs de l’espérance Il remplit son cartable de fleurs Fleurs de paresse Fleurs de tendresse Fleurs de douceur Fleurs d’amour Fleurs d’innocence Fleurs de poésie Il marche dans la vie en cueillant des étoiles Il s’évade vers l’infini et l’idéal.
Sous le kiosque à l’ombre de l’érable Je me sentis encore une fois vulnérable Sans vouloir jouer une dérisoire sérénade J’avais pris notre romance à la rigolade.
Votre sourire a la simplicité délicate du matin De même qu’un éclat en un cristallin bassin Et ce concert de pure fraîcheur Fit se pâmer mon cœur.
Pour l’éternité, en mémoire, je garde vivante Cet instant suspendu où votre grâce enivrante M’extirpa pour toujours de ma légèreté
Car ce sourire doux comme une caresse M’emplit d’une lumineuse ivresse, Fut ma plus belle capitulation , et ma félicité.
Un matin mélancolique et fétide Où la pluie, tissu de monotonie, Apaisée par la chanson du moulin, En bois maculé et fonte rouillée Chanson vive, âpre et ardente, Qui vient nourrir la cafetière Bleu-vert désuet Ce bleu fané un peu ébréché, Qui sent l’époque révolue . Puis les intimes vapeurs du café Dans les tasses nous font oublier La platitude de nos jours. Moment banal, rituel apaisant.
Au lieu de créer une distance, la barrière de bois est un soutien pour l’âne. Ses longues oreilles aux lobes veloutés lui offrent une bonne perception du monde qui l’entoure. Son attribut le plus facilement identifiable n’est pas sourd aux cris des besogneux nécessiteux, lui qui mange peu, mais travaille beaucoup. Réalités de la vie laborieuse Noblesse discrète, mais profonde