Guérite d’observation

Guérite d’observation

Lorsqu’on évoque Verdun et ses édifices, on pense aussitôt à l’ossuaire, aux forts de Vaux ou de Douaumont, à la Tranchée des baïonnettes. Mais pour qui parcourt les bois, il est d’autres ouvrages qui retiennent l’attention.
Dans ce que l’on appellera plus tard la Zone Rouge, la terre conserve les traces authentiques d’un passé guerrier et meurtrier. Au cœur des vestiges de béton, l’humain réapparaît – ou plutôt l’empreinte fragile de son passage.

Guérite d’observation

Dans une guérite d’observation, subsistent encore des dépêches et des réclames d’époque. Hiéroglyphes pâles, figés dans le ciment. On y distingue notamment une publicité pour des chaussettes germaniques. Dérisoire, presque absurde, au milieu d’un ouvrage conçu pour surveiller et tuer. Et pourtant.

À l’époque, le bois est une denrée rare. Lors du coffrage, les planches sont protégées par du papier journal. Quand le béton a pris, le bois est récupéré pour d’autres constructions, ou brûlé pour se chauffer en ces temps de pénurie. Le papier, lui, reste prisonnier du ciment.
L’humidité agit comme un solvant.
La pression fixe les pigments.
Le temps achève l’œuvre.

Guérite d’observation

Les encres migrent. Le négatif s’imprime.
Ainsi naît cette étrange chimie de la mémoire, où les préoccupations de l’arrière – une réclame pour des chaussettes, une brève de journal – se retrouvent incrustées dans la peau d’une machine de guerre.

C’est là que la « petite histoire » rejoint la Grande. Paradoxalement, elle la rend bien plus tangible que n’importe quel chiffre de victimes. Lire une publicité pour un produit de confort quotidien sur le mur d’un poste d’observation rappelle que les soldats n’étaient pas seulement des combattants : ils lisaient les nouvelles, se souciaient de leurs pieds gelés, tentaient de maintenir un lien ténu avec la normalité.

Guérite d’observation


Aujourd’hui, la forêt a repris ses droits sur la Zone Rouge, mais elle dissimule une terre qui n’est pas encore guérie. Ces ouvrages sont des capsules temporelles, lentement rongées par l’humidité et l’érosion. Des témoins silencieux qui s’effacent inexorablement.

Ce petit patrimoine, souvent méconnu, mérite pourtant toute notre attention avant que l’oubli ne l’emporte tout à fait. Il rappelle qu’ici vivaient – simplement – des hommes.

Quelle connerie, la guerre.

Le monument des Garibaldiens

Le monument des Garibaldiens – Lachalade (55)

Dès le début de la 1ere guerre mondiale, des étrangers (Polonais, grecs, hollandais, belges, slaves et même américains) s’engagent dans la Légion Étrangère. Au sein de celle-ci se constitue un régiment : les Garibaldiens (officiellement Le 4e régiment de marche du 1er étranger). Il est constitué exclusivement par des italiens.
Six des petits-enfants du patriote Giuseppe Garibaldi en feront partie. Le commandant est d’ailleurs l’un d’entre eux : Lieutenant-colonel Peppino Garibaldi


Les frères Garibaldi in « Le Miroir »

Ce régiment s’illustre en particulier en Argonne, au cours de l’hiver 1914/1915, où sont tués 500 volontaires italiens.
C’est là que 2 des 6 frères perdent la vie. Bruno Garibaldi, tué sur le plateau de Bolante, le 26 décembre 1914 et son frère Constante Garibaldi, tué à Courte-Chausse le 5 janvier 1915.

Le dimanche 24 avril 1932 avait lieu à Lachalade, petit village de l’Argonne meusienne, l’inauguration du monument élevé à la mémoire des Garibaldiens tombés au champ d’honneur

La chalade en Argonne : inauguration d’un monument aux volontaires garibaldiens, morts en France : [photographie de presse] / Agence Meurisse. 1932. 1/

L’Associatione nationale Volontari di Guerra d’Italia a fait ériger, un monument (œuvre de Sergio Vatteroni) : une muraille de pierre aux extrémités de laquelle se trouvent des effigies de Constante et de Bruno Garibaldi, sur laquelle s’inscrivent les noms des volontaires italiens tombés en Argonne
La cérémonie est présidée par M Mario Roustan Ministre de l’Instruction Publique, entouré de MM Catru préfet de la Meuse ; Schleiter, député ; Maillard ; sous-préfet de Verdun ; Coselshi, député italien et président des volontaires italiens ; le général Ezio Garibaldi, délégué de la milice fasciste et son frère Sante Garibaldi ; le colonel comte Braborino, attaché militaire d’ambassade ; Roger Barthié président de la Société nationale des combattants volontaires de la grande guerre, etc.

Les Annales politiques et littéraires : revue populaire paraissant le dimanche / dir. Adolphe Brisson. 21/12/1919.

À noter, le dernier poilu décédé en France était un Garibaldien, Lazzare Ponticelli.

Sources des photos anciennes : Gallica dont
Les Annales politiques et littéraires : revue populaire paraissant le dimanche / dir. Adolphe Brisson. 21/12/1919.
Agence Meurisse. 1932. 1/
Le Miroir : 1915-01-24.