Point de vue d'enfance.

On se souvient de ce pré en face lorsqu’il était blanc de neige. Et descendant sur la luge, toi devant, tu pris les barbelés en arrivant en bas.
On se souvient, de ce plateau en face, où nous allions garder les moutons. Et malgré les aiguillons des genévriers, nous grappillions les avrillots à pleines poignées.
On se souvient du nombre de fois que nous grimpions et descendions cette côte pour couper orties et chardons.
On se souvient, de cette laiterie – mais si, on y voit bien la toiture – où nous allions chercher la crème que la laitière nous déversait directement sur le saladier de fraises que nous venions de ramasser.
Et on se souvient surtout de ce jardin à la terre ingrate, de ce grand-père binant inlassablement, de cette grand-mère récoltant les flageolets.
Et le goût des groseilles, framboises, mirabelles, sugnettes et norbertes nous revient à la bouche immédiatement comme toutes les madeleines de notre enfance.

L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre

Le Monument des fusillés à Naives-devant-Bar

l y aura 81 ans, à Naives-devant-Bar, furent fusillés par les Allemands six héros d’un groupe de Résistance.
Je ne vous conterais pas l’histoire, d’autres l’ont mieux décrite que moi (lien).
Mais c’est l’occasion de ressortir quelques vieilles photos des archives familiales.

Elles ne sont malheureusement pas datées mais les 2 premières sont certainement prises le 1er septembre comme on peut le lire dans le Journal de l’instituteur de l’époque, monsieur Louis Pelletier :
« Le vendredi, après le départ des allemands qui avait eu lieu la veille à 17h30, le maire de Naives-devant-Bar, fait confectionner 6 cercueils, et vers 19h, aidé de la section FFI de Bar-le-Duc, nous procédons à l’identification et à la mise en bière des Fusillés.
Après un service funèbre, les 6 cercueils sont transportés à la morgue de Bar-le-Duc, avec le cérémonial d’usage, et accompagnés par une grande partie de la population de Naives à laquelle se joint sur le parcours la population de Bar-le-Duc »

Une anecdote : mon grand-père qui se trouvait dans sa chènevière lorsque les allemands ont dirigé les jeunes gens vers le lieu de sacrifice, nous racontait que ces résistants criaient « La mort ! La mort ! » Il pensait qu’ils redoutaient le tragique destin qui les attendait. Il ne sut qu’après, que ces hommes ne hurlaient pas « La Mort » mais appelaient leur lieutenant : Lamort le Gail !

Les 2 autres photos sont prises lors de l’inauguration de la Voie des fusillés nom donnée à la rue qu’ont empruntés les résistants pour rejoindre le lieu de leur massacre.

Sur le monument est inscrit le nom des 6 résistants fusillés

Alfred Bianchi,
Henri Baudemont
Pierre Louis Klein,
Pierre Eugène Rameau,
Vitalis Gotautas,
Zigmantas Gudelis.

Ainsi que celui du lieutenant Claude LAMORT DE GAÏL dont on n’a jamais retrouvé le corps.