
Quelques portraits « volés » à l’occasion de la foire de Châlons-en-Champagne (51) le 11 septembre 2022














Quelques portraits « volés » à l’occasion de la foire de Châlons-en-Champagne (51) le 11 septembre 2022














Un peu grimaçante, mais spirituelle et non sans intérêt, avec son museau de goret renfrogné, la camionnette est là, elle ne bouge pas, elle soupire.
Elle reste là, le teint verdâtre, et le plafond moussu. Elle aimait tant engloutir des kilomètres sur les petites routes pour livrer le pain quotidien,
Aujourd’hui, elle n’a plus de goût à rien. Elle patiente, elle végète, elle croupit. Elle redoute l’inconcevable, l’ abominable mais l’inéluctable dégradation,
le pare-brise éclaté,
le phare pendant,
la porte déglinguée,
les essuie-glaces tordus,
les roues disparues.
Et nous passerons tous les jours, matin et soir, sans la considérer, délaissant la longue agonie du vieux tacot.

Abandonné sur la pierre de la solitude
Le cœur brûlant survit, à peine,
Respire l’éclat de la vérité,
Toujours ternie,
De couleur sombre rouille.
Le chercheur d’absolu, d’inconnu, d’infini
Vient pleurer loin des chasseurs de bredouilles
Quand tous les souvenirs viennent emporter
Toute la douleur de la misère négligée
Dans un monde qui l’enjambe sans voir
06/11/2024

C’était à l’occasion de la fenaison, j’avais 10 ans. J’étais en vacances chez mon oncle Jacques.
Et pour la première fois, je conduisais le tracteur, ce mythique petit-gris, dans un air qui sentait le foin coupé et l’huile chaude du moteur.
Pendant que mon oncle chargeait les bottes de foin, ma tante Raymonde les arrangeait sur le chariot.
Arrivé en bout du champ, lorsqu’il fallut arrêter le convoi, mes petites jambes ne purent débrayer, ni freiner. Je paniquais d’autant que se profilait une pente assez redoutable.
Heureusement mon oncle intervint et coupa le moteur, nous sauvant d’une catastrophe.
Nous étions quittes pour une belle peur et une réprimande.
La photo bien sur n’est pas d’époque, mais j’ai la chance de posséder à mon tour un petit-gris et je peux rentrer mon foin avec.
L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre.

Après avoir vidé son sac
L’écolier s’échappe
De la sombre cour d’école
Ses grands yeux pleins de rêves.
Il préfère l’école buissonnière
Et flâner dans les champs de l’espérance
Il remplit son cartable de fleurs
Fleurs de paresse
Fleurs de tendresse
Fleurs de douceur
Fleurs d’amour
Fleurs d’innocence
Fleurs de poésie
Il marche dans la vie en cueillant des étoiles
Il s’évade vers l’infini et l’idéal.
04/11/2024

Les gens, simples, originaux, flânant, travaillant, agréables, aimables, charmants, élégants, honorables, sensés, tranquilles



















L’oubli s’accoude à la fenêtre
Il se faufile et pénètre
Par la vitre cassée
Sur l’avenir fracassé
La lucarne de vague tristesse
Nous rattrape de justesse
Ouvrant vers le souvenir
Les plus vastes désirs
15/11/2024

Au bord du ruban noir
L’œuvre sculptée par les années
La tête dans le cosmos
Surveille les belliqueuses voitures.
Irréductible dans sa terrible solitude
Sur les automobiles teigneuses
Le misanthrope végétal
Garde un œil nonchalant.
06/05/26

Sous le kiosque à l’ombre de l’érable
Je me sentis encore une fois vulnérable
Sans vouloir jouer une dérisoire sérénade
J’avais pris notre romance à la rigolade.
Votre sourire a la simplicité délicate du matin
De même qu’un éclat en un cristallin bassin
Et ce concert de pure fraîcheur
Fit se pâmer mon cœur.
Pour l’éternité, en mémoire, je garde vivante
Cet instant suspendu où votre grâce enivrante
M’extirpa pour toujours de ma légèreté
Car ce sourire doux comme une caresse
M’emplit d’une lumineuse ivresse,
Fut ma plus belle capitulation , et ma félicité.
06/05/26

Un matin mélancolique et fétide
Où la pluie, tissu de monotonie,
Apaisée par la chanson du moulin,
En bois maculé et fonte rouillée
Chanson vive, âpre et ardente,
Qui vient nourrir la cafetière
Bleu-vert désuet
Ce bleu fané un peu ébréché,
Qui sent l’époque révolue .
Puis les intimes vapeurs du café
Dans les tasses nous font oublier
La platitude de nos jours.
Moment banal, rituel apaisant.
14/11/2024