La Meuse endormie est sortie de son lit

La Meuse endormie est sortie de son lit
Rien qui ressemble aux drames d’autres régions.
Elle est paisible, lente et serpente calmement à travers les plaines.
Une tranquillité trompeuse.
Mais après des périodes pluvieuses intenses, une force s’accumule et sans faire de bruit, le réveil est parfois brusque.
Nous sommes habitués aux humeurs du fleuve
Cette année, elle nous aura laissé tranquille, car il arrive comme le dit ce dicton que lorsqu’elle saute avant la St-Nicolas alors elle sautera 7 fois dans l’hiver. Ce qui s’est déjà vérifié.
Nous sommes à 2,26 m (station de Verdun – Pont Chaussée) encore assez loin des 3 dernières grandes crues :
Crue de janvier 2002 : 3.98 m
Crue de mai 1983 : 3.42 m
Crue de décembre 2011 : 3.02 m

La crue de 1983 est restée gravée dans les mémoires, car elle était particulièrement tardive (en mai !), prouvant que la Meuse peut être imprévisible, même quand on pense l’hiver terminé. Les foins étaient fauchés dans la vallée, tout fut perdu et il fallut tout brûler.

La saint-cochon

L’hiver est le temps de prédilection pour « travailler » le cochon.
Alors le week-end dernier, c’était la saint-cochon.
La saint-cochon, c’est le jour où l’on sacrifie le porc.
Je vous épargne les photos du sacrifice de Monsieur. Oui, on l’appelle Monsieur, parce qu’on est très respectueux de cet animal. Et parce qu’on sait ce qu’on lui doit.
Il y a encore peu de temps, dans les campagnes, chaque foyer élevait son cochon. Un seul. Mais il permettait d’avoir de la viande pour une bonne partie de l’année. Rien d’industriel là-dedans : du temps, du savoir-faire, et une forme d’autonomie très concrète.
Aujourd’hui, pendant qu’on parle du Mercosur, de mondialisation et d’accords commerciaux, ce cochon-là n’a parcouru que dix kilomètres.

Dix !
Oui, on peut consommer local. Pour beaucoup de choses, en tout cas.
Bon, évidemment, si on aime le chocolat ou les bananes, ça va être plus compliqué. Mais pour la majorité des produits, c’est possible. Et quand on tue un goret de 150 kg, on ne plaisante pas : on peut faire pas mal de cochonnaille.

Bien sûr, il y a la viande : côtelettes, rôtis, et cetera.
Mais aussi les saucisses de Toulouse, les chipolatas.
Et toute la salaison : saucissons secs, saucissons à l’ail, lard, pancetta, coppa.
Et puis, si on est un peu courageux – et un peu patient – on peut même faire son propre jambon blanc. Au torchon, évidemment. Un jambon blanc qui ne sera pas rose, bien entendu. Mais quel bonheur de goûter ses propres produits, de savoir exactement ce qu’il y a dedans, et d’où ça vient.

Finalement, la saint-cochon, ce n’est pas seulement une tradition rurale. C’est peut-être aussi un rappel très moderne : celui du lien entre ce que nous mangeons, ce que nous savons faire, et notre capacité à nous affranchir des grandes multinationales.

Ces temps-ci, on parle beaucoup de souveraineté ou d’autonomie : informatique, énergétique, militaire. Mais qu’en est-il de l’autonomie alimentaire ?
Je ne voudrais pas jouer les oiseaux de mauvais augure, mais certains pays commencent déjà à constituer des stocks alimentaires stratégiques.

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Quotidien

La ruralité n’est pas si glamour (*) qu’on le pense.
Mon quotidien ces temps-ci, c’est préparer l’hiver. Oui, il faut bien renouveler les stocks de bois et ce n’est pas toujours de tout repos.
C’est une activité qui s’exerce quasiment tout au long de l’année.
En effet, il faut :
Abattre les arbres
Tronçonner
Fendre
Débarder
Scier
Ranger le bois dans le bûcher
Et rentrer les bûches nécessaires pour la chauffe du jour.
Bon, je vous épargne le fait qu’il faut aussi sortir les cendres que l’on doit soit épandre sur le jardin soit en faire de la lessive.
Comme on le dit : le bois chauffe plusieurs fois avant d’arriver dans la cheminée
Vous voyez, la vie à la campagne est faite surtout de contraintes. Mais c’est mon choix.

(*) Petite remarque : je vois très peu de blogs de ruraux. Le blogging serait-il une activité d’urbains en mal d’occupations ?