Sur cette saignée d’eau verdâtre, la péniche vide de son chargement glisse lentement entre les deux berges. Le temps n’a plus prise sur elle, il glisse, comme l’eau. Cette étrange langueur le long des champs nous apprend un monde loin de l’étourdissement et de l’agressivité de nos vies enchevêtrées. Enjambons son pont pour braver un territoire de torpeur confinant à l’immobilité, un envoûtement doux, presque oublié.
De nombreuses bornes singulières marquent les bas-côtés de nos routes meusiennes. Nous connaissons la Voie-sacrée, artère vitale de la bataille de Verdun, avec ses bornes caractéristiques reliant Bar-le-Duc à Verdun et la Voie de la liberté marquant l’itinéraire suivi par la 3e armée américaine commandée par le général Patton en 1944.
Il est une troisième sorte de borne que l’on nomme communément Borne Vauthier. C’est un ensemble de 118 sculptures de granit matérialisant la ligne de front telle qu’elle se présentait lors de l’offensive finale de juillet 1918 (700 km) Elles seront installées entre 1921 et 1927 suite à une souscription organisée par les Touring club de France et de Belgique.
Monument de granit d’environ 1 m de haut, elles sont l’œuvre du sculpteur Paul Moreau-Vauthier, ancien combattant et auteur de nombreuses œuvres ayant rapport avec la Grande-Guerre. Sur chaque borne, on retrouve des attributs du soldat (casque Adrian, gourde, grenades)
Pour la Meuse 15 bornes furent installées, mais malheureusement certaines furent détruites ( avec *)
Sur un sobre mur de béton gris Se promenait une araignée d’un vert vif Présence fragile mais déterminante Prends garde à ne pas l’écraser Car c’est une âme échappée De quidam qui somnole La tuer pourrait tuer le dormeur. La vie ne tient qu’à un fil.
Anodin #1 : Les étals ordinaires Gard – Février 2021 À l’ère du smartphone, nous sommes tous devenus photographes. Pourtant, à peine arrivés dans une ville inconnue, nous nous ruons instinctivement vers les mêmes monuments, les mêmes panoramas, les mêmes angles consacrés. Il en résulte des milliers de clichés quasi identiques, soignés, flatteurs, parfaitement calibrés pour Instagram ou Flickr, mais qui, finalement, ne disent rien de singulier sur le lieu visité. Pour cela, il nous faut porter notre regard vers ce qui, en apparence, ne mérite pas une minute d’attention.
Tout recroquevillé sur la grille Sous un ciel que des nuages habillent Le pigeon entiché rêvasse et lambine En attendant sage et docile sa colombine Tendresse et simplicité Douce attente du désir
Datant de la première moitié du XIXe siècle, le lavoir communal de Jametz est plutôt une rareté dans le nord de la Meuse, région où les sources naturelles sont généralement privilégiées pour alimenter ce type d’ouvrage.
Contrairement aux lavoirs traditionnels, souvent ouverts sur les côtés, celui de Jametz se distingue par ses façades entièrement closes, les préservant des courants d’air, percées uniquement d’une ouverture dans le toit. Ce dispositif, appelé compluvium, dirige la lumière vers l’intérieur où résonnent les voix et les gestes des lavandières. Mais son rôle est de canaliser l’eau de pluie vers le bassin central : l’impluvium. Jametz possède en outre la particularité rare de disposer d’un double impluvium, et le lavoir a fait l’objet d’une restauration en 2011.
Le principe même de l’impluvium est emprunté à l’Antiquité romaine : ce terme latin désignait à l’origine le bassin creusé au cœur de l’atrium des demeures romaines, destiné à recueillir les eaux de pluie tombant par le compluvium. Le lavoir de Jametz demeure aujourd’hui l’un des témoins les plus singuliers de la vie rurale meusienne.
Nous avions passé l’après-midi dans la baie de Somme à essayer d’observer des phoques. Nous scrutions l’eau, les bancs de sable, l’horizon. On nous avait dit qu’ils étaient là. Mais nous n’en avons pas vu, enfin pas suffisamment près pour vraiment les voir. En fin de journée, arrivant au Tréport, nous traversions tranquillement la passerelle au-dessus du canal d’Eu à la mer, sans rien chercher cette fois, simplement en profitant de la vue sur le port. Et là, juste en dessous de nous, un nez moustachu est sorti de l’eau. Un phoque. Comme quoi chercher ne sert peut-être pas à grand-chose. Il suffit parfois que les choses nous trouvent au moment où l’on ne les attend plus.
L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ». La photographie est du même ordre.
Désespéré, rongé par un tourment obscur Un vieux colimaçon à moitié desséché Se pendit haut et court à un vieux portail Levant au ciel ses antennes racornies Il aperçut dans le bleu de l’azur Les spirales de la corde et des barreaux Évoquant les courbes de sa mie Ce qui ne consola son chagrin.
Il fut une époque où Photoshop n’existait pas. Pour obtenir des effets, les photographes vissaient des filtres sur leurs objectifs ou, pour les plus habiles, jouaient sous l’agrandisseur. Sur les vide-greniers, je chine régulièrement du matériel photo. On y trouve souvent des filtres pour quelques centimes, oubliés dans des cartons depuis des décennies. Pourquoi ne pas s’en servir ? Mes objectifs modernes ont des diamètres plus grands, mais quelques bagues d’adaptation sur des objectifs vintages règlent l’affaire. Il va sans dire que ce n’est pas avec ces images que je décrocherai le prochain prix Niépce, mais je me suis bien amusé, et pour un photographe amateur, s’amuser est l’essentiel. Il y a quelque chose de savoureux à redonner vie à du matériel que personne ne regarde plus : voir ce que donnera tel filtre poussiéreux sur une scène d’aujourd’hui. Voici quelques exemples.