La bête velue de mousse Dévoile sa frimousse Des éclairs rubis dans les yeux Son bec surgit guenilleux, Malicieusement arrimé Sur sa bouille déplumée Elle nous éclabousse De son air rusé et glousse, Sauvage et espiègle Se prenant pour un aigle.
Sous les pavés, la plage Comme il est dit Quand on voit rouge. Mais qui danse sur les pavés ? L’éclair de ton sourire subversif Qui vient de fleurir ta bouche. Un plaisir transgressif Juste le temps de poser Sur tes lèvres rouges Un baiser de communion éphémère La plage promise, enfin, sous nos pieds.
Écoute le chant des oiseaux, Gardiens des émotions humaines, Des mots perdus qui s’envolent. Médite, homme censé, à leur message Tu as désappris l’angoisse du futur Tu n’es que faiblesse et fragilité Seule l’entente et la réconciliation Convergent vers l’humanité.
À pas lents dans la forêt La blonde crinière flottante Le bon cheval sans faire un écart Poursuit son chemin de tourment Évitant lentement l’ornière creuse Attentif à poser ses larges sabots Afin de ne pas glisser lourdement. Chaque souffle soutient l’effort de la noble démarche Chaque pas lent mesure la prudence du monde
Villon nous a dépeint la ballade des pendus Attachés ici, cinq, six Que de leurs malheurs personne ne se moque Pierre Dac pour lui répondre Écrivit, c’est dans ses cordes Dans les champs, près de chez son père, Le linge blanc dans la brise légère De-ci, de-là, comme le vent varie, À son plaisir sans cesser nous charrie La pluie nous a lessivés et lavés Et le soleil, desséchés et noircis ; Et dès lors dans sa tête l’obsession qui l’inquiète Semblait lui dire « pince à linge » « pince à linge »
Sur cette saignée d’eau verdâtre, la péniche vide de son chargement glisse lentement entre les deux berges. Le temps n’a plus prise sur elle, il glisse, comme l’eau. Cette étrange langueur le long des champs nous apprend un monde loin de l’étourdissement et de l’agressivité de nos vies enchevêtrées. Enjambons son pont pour braver un territoire de torpeur confinant à l’immobilité, un envoûtement doux, presque oublié.
Sur un sobre mur de béton gris Se promenait une araignée d’un vert vif Présence fragile mais déterminante Prends garde à ne pas l’écraser Car c’est une âme échappée De quidam qui somnole La tuer pourrait tuer le dormeur. La vie ne tient qu’à un fil.
Tout recroquevillé sur la grille Sous un ciel que des nuages habillent Le pigeon entiché rêvasse et lambine En attendant sage et docile sa colombine Tendresse et simplicité Douce attente du désir
Désespéré, rongé par un tourment obscur Un vieux colimaçon à moitié desséché Se pendit haut et court à un vieux portail Levant au ciel ses antennes racornies Il aperçut dans le bleu de l’azur Les spirales de la corde et des barreaux Évoquant les courbes de sa mie Ce qui ne consola son chagrin.