Où le passé viticole de Resson se lit sur le porche de l'église Saint-Rémi.

Découvrez le passé viticole méconnu de Resson dans la Meuse.

L’âge d’or de la viticulture à Resson dans la Meuse

Resson, près de Bar-le-Duc dans la Meuse, était un village de vignerons. La vigne s’étirait sur les coteaux favorablement exposés.
En 1887, sur 840 ha qui composaient le territoire de la commune, 180 ha étaient consacrés à la vigne sur les espaces les plus favorables à son développement.
La viticulture était la principale activité de la communauté villageoise. Elle a depuis disparu pour laisser place aux taillis, aux prairies et à des vergers.

L’église Saint-Rémi : une « bande dessinée » de pierre

Il suffit de lever les yeux vers le porche de l’église Saint-Rémi (Fin XVe siècle, début XVIe siècle) pour encore admirer telles une BD les sculptures polychromes du passé viticole du village.
Ces sculptures racontent le quotidien des vignerons d’autrefois. C’est un livre ouvert sur les gestes, les outils et la culture d’un métier qui a façonné l’identité du village, nous faisant remonter le temps et redécouvrir la vie rurale des Ressonnais dans toute sa splendeur.

Un héritage familial et historique

L’église Saint-Rémi est un lieu chargé d’émotions personnelles. C’est aussi l’église où fut baptisé mon grand-père comme nombre de ses ancêtres avant lui.

Bornes Vauthier

Avocourt (55)

De nombreuses bornes singulières marquent les bas-côtés de nos routes meusiennes. Nous connaissons la Voie-sacrée, artère vitale de la bataille de Verdun, avec ses bornes caractéristiques reliant Bar-le-Duc à Verdun et la Voie de la liberté marquant l’itinéraire suivi par la 3e armée américaine commandée par le général Patton en 1944.

Il est une troisième sorte de borne que l’on nomme communément Borne Vauthier. C’est un ensemble de 118 sculptures de granit matérialisant la ligne de front telle qu’elle se présentait lors de l’offensive finale de juillet 1918 (700 km)
Elles seront installées entre 1921 et 1927 suite à une souscription organisée par les Touring club de France et de Belgique.

Monument de granit d’environ 1 m de haut, elles sont l’œuvre du sculpteur Paul Moreau-Vauthier, ancien combattant et auteur de nombreuses œuvres ayant rapport avec la Grande-Guerre.
Sur chaque borne, on retrouve des attributs du soldat (casque Adrian, gourde, grenades)

Pour la Meuse 15 bornes furent installées, mais malheureusement certaines furent détruites ( avec *)

  • Boureuilles *
  • Avocourt
  • Béthincourt *
  • Forges sur Meuse *
  • Samogneux
  • Beaumont-en-Verdunois
  • Le chapitre (Route d’Ornes)
  • Bezonvaux
  • Vaux-devant-Damloup
  • Verdun Eix
  • Haudiomont
  • Les Éparges
  • Lamorville
  • Saint-Mihiel
  • Apremont-la-Forêt


Le lavoir à impluvium de Jametz

Datant de la première moitié du XIXe siècle, le lavoir communal de Jametz est plutôt une rareté dans le nord de la Meuse, région où les sources naturelles sont généralement privilégiées pour alimenter ce type d’ouvrage.

Contrairement aux lavoirs traditionnels, souvent ouverts sur les côtés, celui de Jametz se distingue par ses façades entièrement closes, les préservant des courants d’air, percées uniquement d’une ouverture dans le toit.
Ce dispositif, appelé compluvium, dirige la lumière vers l’intérieur où résonnent les voix et les gestes des lavandières. Mais son rôle est de canaliser l’eau de pluie vers le bassin central : l’impluvium. Jametz possède en outre la particularité rare de disposer d’un double impluvium, et le lavoir a fait l’objet d’une restauration en 2011.

Le principe même de l’impluvium est emprunté à l’Antiquité romaine : ce terme latin désignait à l’origine le bassin creusé au cœur de l’atrium des demeures romaines, destiné à recueillir les eaux de pluie tombant par le compluvium.
Le lavoir de Jametz demeure aujourd’hui l’un des témoins les plus singuliers de la vie rurale meusienne.

La Meuse endormie est sortie de son lit

La Meuse endormie est sortie de son lit
Rien qui ressemble aux drames d’autres régions.
Elle est paisible, lente et serpente calmement à travers les plaines.
Une tranquillité trompeuse.
Mais après des périodes pluvieuses intenses, une force s’accumule et sans faire de bruit, le réveil est parfois brusque.
Nous sommes habitués aux humeurs du fleuve
Cette année, elle nous aura laissé tranquille, car il arrive comme le dit ce dicton que lorsqu’elle saute avant la St-Nicolas alors elle sautera 7 fois dans l’hiver. Ce qui s’est déjà vérifié.
Nous sommes à 2,26 m (station de Verdun – Pont Chaussée) encore assez loin des 3 dernières grandes crues :
Crue de janvier 2002 : 3.98 m
Crue de mai 1983 : 3.42 m
Crue de décembre 2011 : 3.02 m

La crue de 1983 est restée gravée dans les mémoires, car elle était particulièrement tardive (en mai !), prouvant que la Meuse peut être imprévisible, même quand on pense l’hiver terminé. Les foins étaient fauchés dans la vallée, tout fut perdu et il fallut tout brûler.

Guérite d’observation

Guérite d’observation

Lorsqu’on évoque Verdun et ses édifices, on pense aussitôt à l’ossuaire, aux forts de Vaux ou de Douaumont, à la Tranchée des baïonnettes. Mais pour qui parcourt les bois, il est d’autres ouvrages qui retiennent l’attention.
Dans ce que l’on appellera plus tard la Zone Rouge, la terre conserve les traces authentiques d’un passé guerrier et meurtrier. Au cœur des vestiges de béton, l’humain réapparaît – ou plutôt l’empreinte fragile de son passage.

Guérite d’observation

Dans une guérite d’observation, subsistent encore des dépêches et des réclames d’époque. Hiéroglyphes pâles, figés dans le ciment. On y distingue notamment une publicité pour des chaussettes germaniques. Dérisoire, presque absurde, au milieu d’un ouvrage conçu pour surveiller et tuer. Et pourtant.

À l’époque, le bois est une denrée rare. Lors du coffrage, les planches sont protégées par du papier journal. Quand le béton a pris, le bois est récupéré pour d’autres constructions, ou brûlé pour se chauffer en ces temps de pénurie. Le papier, lui, reste prisonnier du ciment.
L’humidité agit comme un solvant.
La pression fixe les pigments.
Le temps achève l’œuvre.

Guérite d’observation

Les encres migrent. Le négatif s’imprime.
Ainsi naît cette étrange chimie de la mémoire, où les préoccupations de l’arrière – une réclame pour des chaussettes, une brève de journal – se retrouvent incrustées dans la peau d’une machine de guerre.

C’est là que la « petite histoire » rejoint la Grande. Paradoxalement, elle la rend bien plus tangible que n’importe quel chiffre de victimes. Lire une publicité pour un produit de confort quotidien sur le mur d’un poste d’observation rappelle que les soldats n’étaient pas seulement des combattants : ils lisaient les nouvelles, se souciaient de leurs pieds gelés, tentaient de maintenir un lien ténu avec la normalité.

Guérite d’observation


Aujourd’hui, la forêt a repris ses droits sur la Zone Rouge, mais elle dissimule une terre qui n’est pas encore guérie. Ces ouvrages sont des capsules temporelles, lentement rongées par l’humidité et l’érosion. Des témoins silencieux qui s’effacent inexorablement.

Ce petit patrimoine, souvent méconnu, mérite pourtant toute notre attention avant que l’oubli ne l’emporte tout à fait. Il rappelle qu’ici vivaient – simplement – des hommes.

Quelle connerie, la guerre.

La charbonnée ou une méthode subtile pour conserver de la viande fraîche.

Dans la plupart de nos villages meusiens, chaque foyer nourrissait un cochon, qui, à son tour,
nourrissait la famille.

Le repas du cochon était constitué d’épluchures, de quelques « patates », d’un peu de betterave et pour ceux qui en avaient la possibilité de farine d’orge. Le tout allongé avec les eaux de vaisselles (eh oui, pas de produits pour faire la vaisselle, éventuellement un peu de cendres pour récurer)

Une fois le Monsieur (on avait aussi beaucoup de respect pour cet animal) mort et découpé, il fallait « l’arranger ». Une grande partie terminait dans le saloir, d’autre, morceaux dans le saindoux (le saucisson se conserve très bien ainsi) ou dans les divers pâtés.

Mais que faire de certains morceaux qui ne se conservaient pas à une époque où les congélateurs
n’existaient pas ?

C’est ainsi que parents et amis recevaient la charbonnée. Une part du cochon (un morceau de boudin, quelques « grillades », une ou deux côtes) était distribué autour de soi sans oublier l’instituteur et monsieur le curé.

Certes cet élan de générosité avait pour but d’entretenir l’amitié mais pas que ! En effet lorsqu’on avait reçu la charbonnée, il était de bon ton de rendre la pareille.

Ainsi, comme tous les foyers ne tuaient pas le cochon en même temps, chacun pouvait au cours de la saison déguster de la viande fraîche et laisser de côté, le temps d’un ou deux repas la salaison.

(Photo: archives perso)

Saint-Nicolas

Statue de St Nicolas à Arlon (B)

Aujourd’hui on fête Saint-Nicolas
C’est donc le moment de réapprendre sa légende en…
… patois meusien

Statue de St-Nicolas au musée de la Princerie à Verdun (55)

Saint-Nicolas ava trois z’affants
Yun p’tiot et li z’aut’ grands
El’ avont d’mandé le congi
D’aller jouer jusqu’au soupi.

El’avont été et tant v’nus
Que l’soleil on n’est pu r ‘vu
Y s’avont anallés assi l’bouchi
Pou l’y demander à logi.

« — Bouchi ! Bouchi ! veut’ nù logi ?
Fàç’la par pitié, bouchi !
— Allez’-v’za, mi biaux z’affants
J’avan trop d’apich’mants ! »

Sa femme qui éta derri lû
Aussitout, le conseillant :
« El’ avont tout plei d’ârgent,
J’a s’rons riches marchands !

— Av’ nez ! Av’ nez ! mi biaux affants,
J’’prenrans l’mau d’vû logi ! »
Y n’étinmes pu tout attrés
Qui d’mandérent à mingi.

On li z’est fà fou bin souper,
On li z’est mins blanch’ ma couchî.
Quand il est été ménoïe,
Pourtant s’coutiau, y s’analoïe.

Y li z’est prins, li z’est tués
Deda un touni, li z’est salés.
Quand c’est été v’nu au bout d’sept ans,
V’la l’père di trois z’affants.

-« Bouchi ! Bouchi ! Oh, loge-mû !
Si t’nime trop d’embarras.
— Av’ nez ! Av’ nez Saint-Nicolas,
J’prenrans l’mau d’vû logi ! »

Procession de St-Nicolas dans la basilique du même nom

Mais y n’fûm’ pu tout attré
Qui l’est d’mandé à soupî.
On li est appourté don jambon,
Y n’a vu poi, y n’em’ bon !

On l’y appourta don rôti,
Y n’a vû poi, y n’em’ coïe
On l’y appourta don la pin,
Y n’a vù poi, y n’em faim.

-« Appourtez m’don salé
Qui li est sept annéïes qu’v’avez ! »
Quand lû bouchi est oïeu c’la,
Tout courant y s’sauva.

-« Bouchi, Bouchi ! nu t’sauv’ mi,
D’mande-mû pardon, tu l’ari ;
Mais ta femme nû l’aremme,
C’est été léïe qui t’est conseilli !

Elle s’rait padue et bralaïe
Au mitant d’la place don marchi ! »
Saint-Nicolas d’si trois doigts
Li trois z’affants ressuscita.

Lû Pierr’ est dit : « J’a bin dormi ! »
Lû Jean est : « Et mi étout !… »
Lû pu p’tiot est ajouti :
« Jû m’m croyoïe au Paradis ! «

Vitrail de l’Église Saint-Jacques du Tréport (76)

Source : Au pays meusien, mœurs et coutumes locales. Georges Lionnais 1912.

Le monument des Garibaldiens

Le monument des Garibaldiens – Lachalade (55)

Dès le début de la 1ere guerre mondiale, des étrangers (Polonais, grecs, hollandais, belges, slaves et même américains) s’engagent dans la Légion Étrangère. Au sein de celle-ci se constitue un régiment : les Garibaldiens (officiellement Le 4e régiment de marche du 1er étranger). Il est constitué exclusivement par des italiens.
Six des petits-enfants du patriote Giuseppe Garibaldi en feront partie. Le commandant est d’ailleurs l’un d’entre eux : Lieutenant-colonel Peppino Garibaldi


Les frères Garibaldi in « Le Miroir »

Ce régiment s’illustre en particulier en Argonne, au cours de l’hiver 1914/1915, où sont tués 500 volontaires italiens.
C’est là que 2 des 6 frères perdent la vie. Bruno Garibaldi, tué sur le plateau de Bolante, le 26 décembre 1914 et son frère Constante Garibaldi, tué à Courte-Chausse le 5 janvier 1915.

Le dimanche 24 avril 1932 avait lieu à Lachalade, petit village de l’Argonne meusienne, l’inauguration du monument élevé à la mémoire des Garibaldiens tombés au champ d’honneur

La chalade en Argonne : inauguration d’un monument aux volontaires garibaldiens, morts en France : [photographie de presse] / Agence Meurisse. 1932. 1/

L’Associatione nationale Volontari di Guerra d’Italia a fait ériger, un monument (œuvre de Sergio Vatteroni) : une muraille de pierre aux extrémités de laquelle se trouvent des effigies de Constante et de Bruno Garibaldi, sur laquelle s’inscrivent les noms des volontaires italiens tombés en Argonne
La cérémonie est présidée par M Mario Roustan Ministre de l’Instruction Publique, entouré de MM Catru préfet de la Meuse ; Schleiter, député ; Maillard ; sous-préfet de Verdun ; Coselshi, député italien et président des volontaires italiens ; le général Ezio Garibaldi, délégué de la milice fasciste et son frère Sante Garibaldi ; le colonel comte Braborino, attaché militaire d’ambassade ; Roger Barthié président de la Société nationale des combattants volontaires de la grande guerre, etc.

Les Annales politiques et littéraires : revue populaire paraissant le dimanche / dir. Adolphe Brisson. 21/12/1919.

À noter, le dernier poilu décédé en France était un Garibaldien, Lazzare Ponticelli.

Sources des photos anciennes : Gallica dont
Les Annales politiques et littéraires : revue populaire paraissant le dimanche / dir. Adolphe Brisson. 21/12/1919.
Agence Meurisse. 1932. 1/
Le Miroir : 1915-01-24.

Mes jardins improvisés de Verdun

Les remparts

Lorsqu’après la bataille de la Marne, en 1914, la guerre de mouvement fit place à la stagnation, il fallut bien s’installer. Nous avions pourtant de la répugnance à rester là au lieu de marcher de l’avant. C’était l’hiver nous étions dans la boue ; il pleuvait, il neigeait et, pour nos blessés, les tentes de toile, usées déjà, étaient bien inconfortables. L’eau tombait dessous. Il fallut les remplacer par des baraques à double paroi en planches garnies de carton bitumé. Quelle joie ce fut d’y avoir chaud ! Je vois encore le bon sourire de nos pensionnaires d’un jour, quand nous allions, le soir, leur dire une blague ou une chanson. Car on blaguait et on chantait là-bas.
Notre H. O. E. était installé à la gare de Verdun, et comme nous hébergions parfois 2 à 3.000 hommes, il fut nécessaire d’emprunter les glacis des fortifications pour y installer nos tentes d’abord, nos baraques ensuite.
Vous pouvez vous imaginer ce que peut devenir un glacis gazonné quand on y passe et repasse. Il est rapidement transformé en un cloaque abominable. Le Dr Cauvet, médecin principal, actuellement directeur du Service de Santé d’un corps d’armée, notre chef, qui avait conçu le plan de l’hôpital, fit d’abord faire un chemin de planches dans l’allée principale, mais le reste du terrain, malgré le mâchefer, demeurait impraticable.
C’est alors, dès janvier.1915, que je proposai de dessiner un Jardin, d’avoir des fleurs et même des légumes. Mon plan était simple : j’avais à desservir les baraques, les douches, les lavabos, la salle d’opération et la maison des Infirmières. Je tirai des lignes droites que je rendis un peu sinueuses pour faire l’ensemble moins rigide et je commençai à planter mes jalons. Ils eurent un gros succès mes jalons ; le lendemain, je les trouvai fleuris de roses en papier et le surlendemain garnis d’oranges. Il faut bien rire, n’est-ce pas ?
Les Verdunois restés là, me demandaient en riant combien de temps je voulais que la guerre dure ? !
Il s’agissait d’abord de favoriser l’écoulement des eaux. C’est là un point essentiel en matière de parcs et de jardins Il fallait établir des pentes régulières, sans ressauts, et faire des allées à dos d’âne.
C’était facile, la terre des allées rejetée sur les côtés devait servir à rehausser les pelouses et les massifs. Cette terre se travaillait d’ailleurs très bien. J’ai voulu me rendre compte de son origine géologique. J’avais remarqué des galets roulés siliceux qui n’avaient rien à voir avec le terrain des côtes – essentiellement calcaire. Les côtes de Meuse sont jurassiques.

Je me suis souvenu que la Moselle avait d’abord été un affluent de la Meuse, avant d’être soutirée par un affluent de la Meurthe. Elle se jetait alors à l’emplacement de Pagny-sur-Meuse, après avoir longé le Val d’Ane, au fond argileux. C’est d’ailleurs ce fond argileux qui, sans doute, favorisa la capture de la Moselle vers Toul par un petit affluent de la Meurthe. L’argile se dépose, forme barrage, l’eau monte, puis cherche à s’écouler au plus court. Le Val d’Ane n’est plus aujourd’hui qu’une vallée morte dans les deux sens de laquelle coulent deux ruisseaux, l’un vers la Meuse, l’autre vers la Moselle, qui, contournant Toul, s’en va retrouver la Meurthe et lui donne son nom.
Pendant toute une longue période, la Moselle apporta les cailloux roulés et ses sables vosgiens siliceux dans la vallée calcaire de la Meuse. Il est facile de vérifier ce fait géologique en constatant que ces débris siliceux se trouvent seulement en aval de Pagny-sur-Meuse et jamais en amont. Les alluvions de Verdun sont remplies de ces sables et cailloux roulés vosgiens. Et ce sont ces alluvions relevées par les travaux ries fortifications de la ville qui ont servi de substratum à mon jardin.
Vous ne pouvez croire tout ce qu’il avait de charme, ce jardin de guerre dont le gazon des pelouses provenait des balayures du parc à fourrages, et dont les massifs étaient plantés au petit bonheur de fleurs sauvages, comme les Hépatiques (Hepatica triloba, Anemone hepatica), le Bois-joli (Daphné mezereum), si abondant dans les bois de Bellerupt et de la Tranchée de Calonne. Mes plants venaient de là. J’étais allé les chercher en février dans ces bois dont le nom seul évoque une épopée. J’avais aussi des Primevères, des Perce-neige (Galanthus nivalis)
Ils me rappelaient ceux de Trianon et les petits amoureux de Paris qui vont les cueillir au premier soleil. A la guerre, les moindres choses sont douces au souvenir et j’aimais ces petites fleurettes qui me parlaient du cher passé.
J’avais remarqué dans les allées des jardins abandonnés de quantités de jeunes plants de Myosotis, de Phlox et de Pervenches que les propriétaires voulurent bien me donner. J’obtins aussi des Narcisses, des Diclitras, des Impériales, des Lys, des Œillets, des Rosiers et plus tard des Hélianthes, des Dahlias e des Chrysanthèmes. Aux beaux jours, je semai des Capucines et des Pois-de-senteur qui me firent une belle haie comme clôture du côté de la ville.
Dès les premiers soleils, j’eus des fleurs et j’entends encore les blessés me demander un brin de Myosotis pour envoyer à leur femme.
Un jardin, c’est un sourire dans un hôpital, c’est propre, c’est gai ; les oiseaux y viennent chanter. Dans les allées sablées de mâchefer, on passe sans plus se crotter jusqu’aux chevilles. De grands Frênes donnaient en été une ombre fraiche et légère et les bancs verts ou rustiques (nous avions les deux) tendaient les bras ou leur courbe sinueuse, le soir tombant, pour inviter les amateurs au dolce farniente.
L’eau des lavabos s’écoulait dans le fossé des fortifications et traversait un espace plan entre deux buttes. J’eus l’idée de me servir de cette eau pour arroser un potager cultivé sur la pente du fossé et dans l’espace plan. Des Salades, des Choux, des Radis, des petits Pois, des Haricots verts, des Oignons, des Poireaux, des Carottes, des Pommes de terre, du Persil, du Cerfeuil, etc., tout cela copieusement arrosé par l’eau des lavabos, coulant en rigoles, poussait supérieurement et contribuait à l’alimentation.
Ce n’était là qu’un petit essai. Quand, après les bombardements à longue portée, on pensa à nous faire replier en arrière et qu’on installa notre hôpital à quelques kilomètres de Verdun, je cultivai tous les espaces libres. J’y avais mis des centaines de Choux et de Salades, des planches de Boursette, d’Épinards pour le printemps, des Fraisiers et des fleurs partout. Cet hôpital a d’ailleurs été bombardé et la formation a dû l’évacuer.
Ce ne sont là que les rapides souvenirs d’un jardinier de la guerre. A voir pousser des plantes utiles et, jolies, les jours douloureux passent plus vite ; et puis, comme l’a dit Voltaire : cultiver son jardin sera toujours le dernier mot de la philosophie française »

Source : Bulletin de la Société nationale d’acclimatation de France : revue des sciences naturelles appliquées. 1918-01.

Piédallu, André (1876-1945)
Docteur és sciences, ingénieur-chimiste, pharmacien-major de 1re classe à l’hôpital militaire d’Alger. Lauréat de l’académie d’agriculture et de la société nationale d’acclimatation. Pharmacien. Botaniste et poète

Caducité

Bar-le-Duc (55) le 18 janvier 2022

Tu faisais la fierté des trente glorieuses
Mais construit trop vite et avec du pas-cher
Tu décrépis au fil des ans
Ils tentèrent de te rhabiller
Mais ce grimage ne suffit pas.
En face, la moyenâgeuse Tour de l’Horloge
Continue d’égrener ses minutes
Interprétant ainsi la caducité
De ce monde dit moderne.