Le phoque dans le port

Le Tréport (76) le 11 juin 2022

On se souvient : le phoque dans le port.

Nous avions passé l’après-midi dans la baie de Somme à essayer d’observer des phoques.
Nous scrutions l’eau, les bancs de sable, l’horizon. On nous avait dit qu’ils étaient là.
Mais nous n’en avons pas vu, enfin pas suffisamment près pour vraiment les voir.
En fin de journée, arrivant au Tréport, nous traversions tranquillement la passerelle au-dessus du canal d’Eu à la mer, sans rien chercher cette fois, simplement en profitant de la vue sur le port.
Et là, juste en dessous de nous, un nez moustachu est sorti de l’eau.
Un phoque.
Comme quoi chercher ne sert peut-être pas à grand-chose. Il suffit parfois que les choses nous trouvent au moment où l’on ne les attend plus.

L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre.

On a marché sur le pont du Gard

Le Pont du Gard – 1981

On se souvient : le pont du Gard

Qui pourrait croire aujourd’hui qu’on marchait librement sur le haut du pont du Gard ?
C’était en 1981. Nous avancions là-haut, à près de cinquante mètres au-dessus du Gard en basses eaux, sans vraiment mesurer la hauteur. Le vide ne nous effrayait pas encore, il était simplement là, immense et tranquille, comme indifférent à notre présence. Le vent glissait sur la pierre blonde chauffée par le soleil, et sous nos pieds, la canalisation romaine, couverte de ses dalles millénaires, traçait sa ligne droite immuable, exactement comme elle le faisait deux mille ans plus tôt.
On marchait sans contrainte. Personne pour compter les pas, personne pour limiter l’accès. Le monument semblait encore respirer à son rythme antique.
Marcher sur ces dalles, c’était marcher littéralement dans les pas des bâtisseurs romains, sans barrières, avec pour seule protection son propre équilibre et cette lumière du gardon qui chauffait le calcaire coquillier, dégageant cette odeur de pierre chaude et de garrigue.
Depuis l’aménagement massif des années 1990-2000, l’accès à la conduite est réservé à des visites encadrées.
Nous sommes devenus trop nombreux pour que les pierres restent sauvages.
Avec le tourisme de masse, le monument aurait fini par s’effriter sous les pas, et les accidents auraient multiplié les drames.
À l’ère du tourisme millimétré, imaginer des marcheurs déambulant librement sur la canalisation romaine, à 48 mètres au-dessus du vide, relève désormais presque du mythe.
On peut regretter cette perte de liberté. Mais elle est le revers inévitable du succès, avec plus d’un million de visiteurs par an.
Reste le souvenir d’avoir marché là-haut, presque au sommet du ciel, dans une époque où personne ne pensait encore qu’il faudrait un jour protéger les pierres contre les hommes.
Et personne ne pourra m’enlever cette sensation d’avoir flotté au-dessus de l’histoire, là où le vent était le seul guide.

L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre.

Fenouillet – 2001

On se souvient : Saint-Martin-de-Fenouillet

Pour des raisons professionnelles, je devais me rendre dans les Pyrénées orientales. Nous avions fait ça sur un week-end, à deux, sans vraiment mesurer la fatigue.
Depuis la Meuse, quasiment 1 000 km d’une seule traite. Fallait être fou ou bien jeune pour réaliser ce périple.
Nous avons le souvenir de Saint-Martin-de-Fenouillet, comme d’une petite commune collée au flanc de la montagne. Elle est proche des centres urbains sur une carte. Mais la route, étroite et sinueuse, impose son propre temps.

L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre.

C’est pas l’homme qui prend la mer

L’aiguillon le 15 février 2009

On se souvient : « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme »

Lorsque j’ai pris cette photo de mon fils, j’ai aussitôt pensé à la chanson de Renaud.
Comme un pressentiment.
Aujourd’hui, à la lumière de ce que je sais désormais, cette image prend une autre dimension et éclaire un peu plus sa personnalité.

L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre.

La Boite des Coop

la vieille boite rouillée de la Coop.

On se souvient : de la vieille boite rouillée de la Coop.

Les Coop (les coopérateurs de lorraine pour nous) étaient un réseau d’épiceries et des commerces ambulants.
C’était plus qu’un simple endroit pour faire ses courses, c’était un lieu de rencontre, de solidarité, et de vie communautaire.
Je ne sais pas ce qu’il y avait dans cette boite (petits-pois, sauce tomate ou cirage, peu importe) mais je me souviens gamin, d’accompagner mon grand-père à la coop du village. Armé d’une carriole, nous allions chercher la caisse « 12 trous » de Jolis-Grains. C’était une aventure car, au retour il fallait remonter la côte bien raide et surtout ne pas oublier ou perdre les timbres-coop (véritable trésor) sinon la grand-mère nous sermonnait.

L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre.

Activateur de mémoire

On se souvient : C’est moi, ce n’est pas moi ? Oran ou Mers el-Kébir ?
Je n’en sais rien, j’avais deux ans et je n’ai donc pas la mémoire de cette époque.
C’est moi parce qu’on me l’a dit.
Nous avons passé deux ans en Algérie (1961-1962)
Et ce chien ? Est-il à moi ou à des amis ?
Les photographies nous font remonter des souvenirs ou plutôt dans ce cas essaye de nous recréer des souvenirs.

L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre.

Prête à croquer la vie

Aigues-Mortes (30) Juin 1981

Prête à croquer la vie à pleines dents
Devant l’immensité du temps
La fleur du rire aux lèvres salées
La soif de vivre l’amour exhalé

Les cheveux flottant au vent du ciel pur,
Elle affronte aventureuse, le futur
Où vibre mon cœur au gré des flots inattendus
Lui qui vogue au lointain dans des souvenirs éperdus,

Et composer durablement notre monde
Où coules un chant clair, sans nul souci  
Que je crois heureux et adouci
Puisque la tendresse y vagabonde.