Un papillon folâtre, étourdi, s’est posé sur une tôle. Trompé par les couleurs mordorées du métal oxydé, il croit reconnaître sa dulcinée. Les nuances de teintes sont fourbes ; seule la chaleur d’un corps peut attester de la vitalité de l’amour. Délicatesse du papillon et froideur du métal. Apparence et réalité.
Une chaîne était amoureuse de sa voisine. En tendant son bras rouillé vers elle Avec un grincement peureux et lugubre, Elle entrelace de ses anneaux tordus et rudes Les maillons jaunes de la jeune captive, Enchaînée au creux chaud de la corrosion. Les deux serpents métalliques Ondulent et se déroulent Loin de la foule indifférente
Quand l’aurore a doré Les palmes des fougères Le panneau Rouge du désir Et blanc sans ardeur Mets des couleurs Dans l’ombre du bosquet Où vont se cacher Les parfums et les chansons légères De l’amour buissonnier
Dans la brume opaque et impalpable Où l’âme mystère se serre, Deux perches s’aimaient d’un amour tendre. Elles se cherchent sans se trouver Sur les flots sans écume Le pied prisonnier de la vase Elles ne sont pas de bois Et toute l’eau de l’océan N’empêchera cet amour platonique.
J’errais sur le flot écumant de la vie Sur mon bateau déboussolé. Tu as attaché à l’anneau de ton désir Ma petite barque lézardée Au port du destin Par un nœud irrésistible. Comme un lien Enlaçant mon cœur De ta corde d’amour Nos deux âmes à jamais sont liées.
Voyage incertain de la vie, Havre de tendresse paisible.
Certains jours j’aimerais bien être une chaise Une chaise rouge bien entendu pour que vous me remarquiez Je vivrais dans un beau parc et vous vous exclameriez « oh ! J’ai enfin trouvé le siège de ma vie » ! Bien sûr, j’ai ajouté deux accoudoirs
Oh ! Point de suffisance de ma part, juste le désir de mieux vous enlacer Nous passerions de beaux après-midi ensoleillés, à l’ombre de majestueux marronniers Vous, rêvassant un livre à la main Moi, savourant vos caresses et m’étourdissant de vos parfums
Comme les amours d’adolescent qui ne durent qu’un été Dès les premiers frimas de l’automne Vous me quitterez pour retrouver au coin de la cheminée Ce prétentieux fauteuil voltaire
Je suis peut-être de fer, mais j’ai aussi un cœur Et ce qui faisait de ma vie une longue joie Se transformera en un lourd fardeau du chagrin très obscur Comme de longues nuits d’hivers brumeuses
J’attendrai dans les ténèbres froides aux morsures d’acier La réapparition des premières fleurs du printemps Annonciatrices du retour de la belle Je goûterais à nouveau le bonheur qu’apporte votre présence.
C’est à la fête foraine Que j’ai gagné ton cœur Accoudé au stand de tir des vainqueurs J’ai tiré dans le ballon de mes peines
Dans les effluves de barbe à papa Une pomme d’amour t’échappa Un billet de loterie, je gagnais Un lot d’amour qui m’étreignait
J’enfourchais mon fougueux cheval de bois Pour accéder à ton manège ensorceleur mais courtois « Tournez jeunesse » chantait le forain complice Mais ce n’était pas à cause de la chenille spectatrice
Prête à croquer la vie à pleines dents Devant l’immensité du temps La fleur du rire aux lèvres salées La soif de vivre l’amour exhalé
Les cheveux flottant au vent du ciel pur, Elle affronte aventureuse, le futur Où vibre mon cœur au gré des flots inattendus Lui qui vogue au lointain dans des souvenirs éperdus,
Et composer durablement notre monde Où coules un chant clair, sans nul souci Que je crois heureux et adouci Puisque la tendresse y vagabonde.
Il voulut mettre des couleurs à la vie, Il prit son pinceau et sa palette On découvrit un boulon rouge Une barre bleue Un E blanc Un ciel jaune Un roi violet Il finit noyé dans le vert de ses yeux Où il batifola dans toutes les nuances de son amour.