Canevas

Bras-sur-Meuse le 28 aout 2022

 Adossé contre un mur dépouillé, un
nu alangui attend paisiblement l’arrivée d’un clou et d’un marteau.
Je l’ai tenu par la main pendant qu’il chante à tue-tête son âme
engourdie afin de raccommoder les points de croix de son mystère.
J’ai déchiré le drap éthéré de l’apparence, pour dénuder la
toile grossière du canevas

Vers le vide du ciel

Vers le vide du ciel, dans la lumière blonde,
Semblent monter, embrasée de feu
Sans bruits assourdis, une fusée vagabonde
Quand le soleil perce peu à peu.

Emportant nos pensées obscures de la nuit
Nos angoisses, nos fièvres et nos souffrances,
Notre esprit en pleurs, le temps qui fuit,
Pour laisser enfin perler nos espérances

Toucher la lumière de l’existence
Toucher le soleil de la vie intense

Les ailes de l'archange

Fritz Hegenbart  (1864-1943)

Archange aux ailes enveloppantes, aux yeux passionnés
Qu’elles emportent mon tourment, mon désir bâillonné
Ouvre mon cœur pudique aux bouffés de l’amour,
Il s’étiole nonchalamment à la pâleur du jour

La Vierge du chêne

Au détour de la petite route qui mène de Béthelainville à la D18 se trouve un vieux chêne sénescent. Penché sur la route, tordu et quasiment défeuillé, il est creux.
Dans cette niche naturelle, est placée une Vierge. Lieu de recueillement pour les paroissiens de la commune, cet endroit de vénération a pour origine un acte de reconnaissance d’une famille de bûcherons

 

A la fin du XIXe siècle, ceux-ci perdue la nuit en forêt, se seraient abrités sous ce chêne et aurait prié la Vierge. Celle-ci les aurait protégés de la sorte de l’orage. Pour la remercier, ils ont placé au sein de la cavité de l’arbre, une statuette de la Sainte-Vierge.
Chaque 15 août depuis 1947, la messe est célébrée à « Notre-Dame du Chêne.

 Pour que ce trisaïeul ne tombe pas, la commune l’a haubané avec des câbles et ceinturé pour le préserver
Lorsque j’y suis passé pour la deuxième fois La sculpture n’était plus là. En effet celle-ci fut dérobée par 2 fois (1914 et 2010), la paroisse a du la mettre en sécurité.

J’ai capturé l’éléphant rose

 

Marville (55) le 17 avril 2022

 Jack London en 1913 dans Le Cabaret de la dernière chance nous offre cette expression :  « il voit, au paroxysme de son extase, des souris bleues et des éléphants roses » délire d’un alcoolique.

Expression  souvent reprise par des artistes

Je bois
À trop forte dose
Je vois
Des éléphants roses

Nous chante Gainsbourg dans  Intoxicated Man

et

Je sais qu’ dans ma saoulographie
Chaque nuit pour des éléphants roses
Je chanterai la chanson morose
Celle du temps où je m’appelais Jacky

Pleure Brel dans la Chanson de Jacky. 

Mais Serge Reggiani rectifie dans son autobiographie « Dernier courrier avant la nuit »
« Les éléphants roses n’existent pas, l’ivresse n’abrite que les noirs serpents de la douleur et de la déchéance. »

Pourtant, on peut voir, mais rarement, des éléphants roses (en fait des albinos) comme en 2016 dans le parc national Kruger en Afrique du Sud.
https://nypost.com/2016/03/10/baby-pink-elephant-on-parade/

Ces éléphants (comme d’ailleurs tous les éléphants) sont sacrés en Thaïlande. Nommé l’éléphant blanc du Siam il est considéré comme le représentant de Bouddha sur la terre, et cet éléphant, couvert de pierreries, est entouré de soins minutieux.
Bien avant qu’il ne devienne un emblème national, le pachyderme était déjà étroitement associé au pouvoir royal. Une loi stipule aujourd’hui encore que seuls les souverains sont autorisés à en posséder. Onze éléphants blancs appartiennent au roi de Thaïlande. Son père, lui, en posséda jusqu’à vingt et un. 

 Et si voulez terminer la soirée avec un Éléphant Rose voici la recette :
il vous faut

  • 2 cl de triple sec (cointreau, grand marnier)
  • 2 cl de rhum blanc
  • 1 cl sirop de fraises
  • et le jus d’un pamplemousses

versez délicatement les ingrédients directement dans le verre et dégustez

Les anges pensent aussi à la mort

Cimetière Saint-Hilaire, Marville (55) 12 juin 2014

Les anges pensent aussi à la mort
Assis sous le vénérable sycomore
Sur cette dalle diffuse, de pierre,
Ils semblent prosternés en prière,

Dans un terrible et vibrant trémor
Engendré par la remontée de leur remords
Ils sanglotent des larmes lourdes
A leurs épaisses et éternelles bourdes

Tsubame kitaru

 Au Japon, du 5 au 19 avril, c’est la saison appelée Seimei, l’une des 24 saisons (ou périodes solaires). C’est la saison « du ciel pur et le renouveau de la nature »
Cette période est elle-même divisée en micro-saisons (oui il y a 72 micro-saisons au Japon). Celle qui vient de se terminer (Du 5 au 9 avril) est le Tsubame kitaru celle où « Les hirondelles sont de
retour »
Comme chez nous, les hirondelles (9 espèces) migrent au Japon en avril, après avoir passé l’hiver dans des pays plus chauds du sud lointain. On dit qu’elles construisent leurs nids à proximité des hommes pour se protéger des prédateurs. Il existe une croyance au Japon selon laquelle la présence d’un nid d’hirondelles sur une maison est de bon augure, et qu’elle est un gage de réussite dans les affaires et de continuité de la lignée familiale.

 Nous aussi, l’hirondelle est un porte bonheur pour la maison qu’elle a choisie pour y bâtir son nid et elle préserve de la foudre.
Dans le passé, la tolérance envers cet insectivore bénéfique était renforcée par de multiples superstitions concernant la destruction de son nid. Un tel acte était réputé conduire les vaches à donner du sang plutôt que du lait, ou pas de lait du tout, et les poules à arrêter de pondre. Et vous avez le droit de croire en ce jugement car le malheur s’abattra sur vous si vous ne protégez pas ce bel oiseau.

Et pour finir, les hirondelles ont souvent inspiré L’Art-Nouveau, à l’image de ce vase d’Émile Gallé 

Musée de l’École de Nancy le 19 septembre 2021

 « La pluie au bassin fait des bulles
Les hirondelles sur le toit
Tiennent des conciliabules
Voici l’hiver, voici le froid ! ».