Enlacés

Niort (79) le 14 août 2014

Comme l’étreinte d’un serpent
Tes bras m’enlacent tendrement
Je me rapproche de ton visage soyeux
Je profite de la braise de tes yeux

Nos corps comme deux écharpes enlacées,
Enchâssant moelleusement mes mains glacées,
Enflamme tel un feu ardent, ma poitrine haletante
Dans une fièvre et une agitation exaltante

Étouffé dans tes deux bras bienvenus
Nos cœurs de brasero se sont reconnus
Nos lèvres se sont jointes dans un acte nerveux
Pour un baiser ample, farouche et vigoureux

Les Sangliers d’Arlon

 

Virton (B) le 5 mars 2023

 Lors du carnaval de Virton, un groupe défila déguisé en sangliers, Jusque là rien de plus normal, le sanglier étant l’emblème de la région.

 Ceci-dit malgré sa tort présence dans la mythologie de la province du Luxembourg, celle-ci a décidé  d’en terminer avec cet animal suite à l’apparition de la peste porcine et de lui substituer le loup,
Bref avec leur costume de près de 20 kilos, il défilent dans toute l’Europe. Mais la particularité, c’est qu’ils portent dans le bas du dos, des cloches qu’ils font retentir dans un tintamarre sonore.

En voyant cette troupe, m’est revenu à l’esprit un personnage traditionnel de la culture basque :  le Joaldun.
Eux sont vêtus de peau de brebis sur les épaules avec deux grosses sonnailles attachées sur les reins.Il doivent faire un maximum de bruit afin de forcer le réveil de la nature, après l’hiver.

Encore quelques images des Sangliers d’Arlon
 

Les algues s'assoupissent

La Tranche-sur-Mer (85) le 15 février 2009

Nos mémoires endurent en elles les traces
Enferment notre cœur d’entraves efficaces
Le soleil s’étend ce soir sans un nuage
Sur la large bande qui borde le rivage

Les algues s’assoupissent sur les grains de sable
Imprimant une marque, une impression ineffaçable
Le flot les emmène au gré de son humeur, de ses caprices
Cédant au premier courant comme des épaves, évocatrices

Ils sont comme un entrelacs qui par ses brins ténus
Nous rappellent les souvenirs familiers, les horizons connus
Alors toute notre relation jaillit en ma mémoire
Je revis ce temps où je ne m’imaginais pas la quiétude illusoire

Je vois alors sur ta joue rose la trace de tes larmes
Un spectacle implacable qui me désarme
Et sur tes lèvres de profonds soupirs
De ceux qui n’ont pas cueilli le parfum des plaisirs.

Ecoute le chant du vent

Palavas-les-Flots (34) le 21 octobre 2022

Marche le long de l’océan
Et écoute le chant du vent
Il a connu plus de choses que toi

Dans la réalité de ses murmures
Propice à la délicate sagesse
Tu comprends l’insondable

Les embruns vifs et impétueux
Favorables à la naturelle humilité
Nous enveloppent de généreuse fraternité

Nos souffrances mélancoliques
S’enfuient avec le souffle retentissant
D’Éole maître et régisseur des vents

Les deux lierres

 

Nancy (54) le 19 septembre 2021

 C’est un vrai compte à rebours
Pour les deux lierres
Ils se tirent la bourre
En rampant sur la pierre

Et comme d’habiles sherpa
Ou une frégate à pleines voiles
Ils partent à la conquête, pas à pas,
Du ciel et du silence des étoiles

Les cendres

Les cendres – Gennes (49) le 22 janvier 2006

Seule trace du drame de la nuit : le tout petit tas de cendres grises où l’on a trié les débris d’os calcinés, pour pouvoir les conserver dans des calebasses. Plus tard, quand les parents et les amis lointains informés du décès, viendront au village, en visite mortuaire, ils participeront eux aussi à la cérémonie de deuil au cours de laquelle ils consommeront les cendres de la crémation mélangée à de la compote de plantain ou de poupougnes. Ainsi l’esprit du défunt trouvera le repos. Il pourra quitter la forêt où il errait, avec ses dangers et ses esprits.
En fait, il s’agit bel et bien d’un rite de cannibalisme. De la même façon, les cendres du chien regretté, apprécié pour ses qualités de chasseur ou de fidélité, seront bues par son maître. Par contre, le corps de l’ennemi abattu au cours d’une expédition guerrière est abandonné dans la forêt. Il n’est pas question d’apaiser son esprit.
Raymond Zocchetti – Yanomamis, les coureurs de jungle

La camionnette

 

Fromeréville-les-Vallons (55) le 30 janvier 2022

Un peu grimaçante, mais spirituelle et non sans intérêt, avec son museau de goret renfrogné, la camionnette est là, elle ne bouge pas, elle soupire.
Elle reste là, le teint verdâtre, et le plafond moussu. Elle aimait tant engloutir des kilomètres sur les petites routes pour livrer le pain quotidien,
Aujourd’hui, elle n’a plus de goût à rien. Elle patiente, elle végète, elle croupit. Elle redoute l’inconcevable, l’ abominable mais l’inéluctable dégradation,
le pare-brise éclaté,
le phare pendant,
la porte déglinguée,
les essuie-glaces tordus,
les roues disparues.
Et nous passerons tous les jours, matin et soir, sans la considérer, délaissant la longue agonie du vieux tacot.