Les anges pensent aussi à la mort

Cimetière Saint-Hilaire, Marville (55) 12 juin 2014

Les anges pensent aussi à la mort
Assis sous le vénérable sycomore
Sur cette dalle diffuse, de pierre,
Ils semblent prosternés en prière,

Dans un terrible et vibrant trémor
Engendré par la remontée de leur remords
Ils sanglotent des larmes lourdes
A leurs épaisses et éternelles bourdes

Tsubame kitaru

 Au Japon, du 5 au 19 avril, c’est la saison appelée Seimei, l’une des 24 saisons (ou périodes solaires). C’est la saison « du ciel pur et le renouveau de la nature »
Cette période est elle-même divisée en micro-saisons (oui il y a 72 micro-saisons au Japon). Celle qui vient de se terminer (Du 5 au 9 avril) est le Tsubame kitaru celle où « Les hirondelles sont de
retour »
Comme chez nous, les hirondelles (9 espèces) migrent au Japon en avril, après avoir passé l’hiver dans des pays plus chauds du sud lointain. On dit qu’elles construisent leurs nids à proximité des hommes pour se protéger des prédateurs. Il existe une croyance au Japon selon laquelle la présence d’un nid d’hirondelles sur une maison est de bon augure, et qu’elle est un gage de réussite dans les affaires et de continuité de la lignée familiale.

 Nous aussi, l’hirondelle est un porte bonheur pour la maison qu’elle a choisie pour y bâtir son nid et elle préserve de la foudre.
Dans le passé, la tolérance envers cet insectivore bénéfique était renforcée par de multiples superstitions concernant la destruction de son nid. Un tel acte était réputé conduire les vaches à donner du sang plutôt que du lait, ou pas de lait du tout, et les poules à arrêter de pondre. Et vous avez le droit de croire en ce jugement car le malheur s’abattra sur vous si vous ne protégez pas ce bel oiseau.

Et pour finir, les hirondelles ont souvent inspiré L’Art-Nouveau, à l’image de ce vase d’Émile Gallé 

Musée de l’École de Nancy le 19 septembre 2021

 « La pluie au bassin fait des bulles
Les hirondelles sur le toit
Tiennent des conciliabules
Voici l’hiver, voici le froid ! ».

Enlacés

Niort (79) le 14 août 2014

Comme l’étreinte d’un serpent
Tes bras m’enlacent tendrement
Je me rapproche de ton visage soyeux
Je profite de la braise de tes yeux

Nos corps comme deux écharpes enlacées,
Enchâssant moelleusement mes mains glacées,
Enflamme tel un feu ardent, ma poitrine haletante
Dans une fièvre et une agitation exaltante

Étouffé dans tes deux bras bienvenus
Nos cœurs de brasero se sont reconnus
Nos lèvres se sont jointes dans un acte nerveux
Pour un baiser ample, farouche et vigoureux

Les Sangliers d’Arlon

 

Virton (B) le 5 mars 2023

 Lors du carnaval de Virton, un groupe défila déguisé en sangliers, Jusque là rien de plus normal, le sanglier étant l’emblème de la région.

 Ceci-dit malgré sa tort présence dans la mythologie de la province du Luxembourg, celle-ci a décidé  d’en terminer avec cet animal suite à l’apparition de la peste porcine et de lui substituer le loup,
Bref avec leur costume de près de 20 kilos, il défilent dans toute l’Europe. Mais la particularité, c’est qu’ils portent dans le bas du dos, des cloches qu’ils font retentir dans un tintamarre sonore.

En voyant cette troupe, m’est revenu à l’esprit un personnage traditionnel de la culture basque :  le Joaldun.
Eux sont vêtus de peau de brebis sur les épaules avec deux grosses sonnailles attachées sur les reins.Il doivent faire un maximum de bruit afin de forcer le réveil de la nature, après l’hiver.

Encore quelques images des Sangliers d’Arlon
 

Les algues s'assoupissent

La Tranche-sur-Mer (85) le 15 février 2009

Nos mémoires endurent en elles les traces
Enferment notre cœur d’entraves efficaces
Le soleil s’étend ce soir sans un nuage
Sur la large bande qui borde le rivage

Les algues s’assoupissent sur les grains de sable
Imprimant une marque, une impression ineffaçable
Le flot les emmène au gré de son humeur, de ses caprices
Cédant au premier courant comme des épaves, évocatrices

Ils sont comme un entrelacs qui par ses brins ténus
Nous rappellent les souvenirs familiers, les horizons connus
Alors toute notre relation jaillit en ma mémoire
Je revis ce temps où je ne m’imaginais pas la quiétude illusoire

Je vois alors sur ta joue rose la trace de tes larmes
Un spectacle implacable qui me désarme
Et sur tes lèvres de profonds soupirs
De ceux qui n’ont pas cueilli le parfum des plaisirs.

Ecoute le chant du vent

Palavas-les-Flots (34) le 21 octobre 2022

Marche le long de l’océan
Et écoute le chant du vent
Il a connu plus de choses que toi

Dans la réalité de ses murmures
Propice à la délicate sagesse
Tu comprends l’insondable

Les embruns vifs et impétueux
Favorables à la naturelle humilité
Nous enveloppent de généreuse fraternité

Nos souffrances mélancoliques
S’enfuient avec le souffle retentissant
D’Éole maître et régisseur des vents

Les cendres

Les cendres – Gennes (49) le 22 janvier 2006

Seule trace du drame de la nuit : le tout petit tas de cendres grises où l’on a trié les débris d’os calcinés, pour pouvoir les conserver dans des calebasses. Plus tard, quand les parents et les amis lointains informés du décès, viendront au village, en visite mortuaire, ils participeront eux aussi à la cérémonie de deuil au cours de laquelle ils consommeront les cendres de la crémation mélangée à de la compote de plantain ou de poupougnes. Ainsi l’esprit du défunt trouvera le repos. Il pourra quitter la forêt où il errait, avec ses dangers et ses esprits.
En fait, il s’agit bel et bien d’un rite de cannibalisme. De la même façon, les cendres du chien regretté, apprécié pour ses qualités de chasseur ou de fidélité, seront bues par son maître. Par contre, le corps de l’ennemi abattu au cours d’une expédition guerrière est abandonné dans la forêt. Il n’est pas question d’apaiser son esprit.
Raymond Zocchetti – Yanomamis, les coureurs de jungle