Banalité #2

Samogneux (55) – le 1 janvier 2022

Il n’y a rien. Cela apparemment n’intéresse pas la mémoire collective. On ne fait pas un livre avec des images d’écluses, d’aiguillages fortifiés, de tréfileries au temps roi de l’acier, et encore moins de livres avec cet arrière des villes, par quoi presque elles se laissent caresser et avouent, laissent percer par quoi, quelle que soit leur taille, c’est encore affaire de vie en bras de chemise, de linge qu’on met à sécher et de fauteuils plastiques qu’on arrange dans une cour, affaire de nains de jardin sur les pelouses bombées des pavillons années soixante-dix au bord des chefs-lieux de canton que le train rogne même s’il n’y a plus de gare.

François Bon – Paysage fer

Tournesol

Des tournesols avaient grandi au petit bonheur
Ambré comme le soleil, comme le plaisir qui se répand.
Ce cadran solaire marque toujours la bonne heure
Et éparpille dans l’univers des graines de nuage,
Comme une poignée de mots jetés à l’aveuglette
Pour s’aimer généreusement,
Comme on sème des éclats de lumière,
Dans le cœur de la bien-aimée
Illuminant les vies de ceux qui se rencontrent
Afin que l’âme s’apaise dans une paix intérieure.

Le Monument des fusillés à Naives-devant-Bar

l y aura 81 ans, à Naives-devant-Bar, furent fusillés par les Allemands six héros d’un groupe de Résistance.
Je ne vous conterais pas l’histoire, d’autres l’ont mieux décrite que moi (lien).
Mais c’est l’occasion de ressortir quelques vieilles photos des archives familiales.

Elles ne sont malheureusement pas datées mais les 2 premières sont certainement prises le 1er septembre comme on peut le lire dans le Journal de l’instituteur de l’époque, monsieur Louis Pelletier :
« Le vendredi, après le départ des allemands qui avait eu lieu la veille à 17h30, le maire de Naives-devant-Bar, fait confectionner 6 cercueils, et vers 19h, aidé de la section FFI de Bar-le-Duc, nous procédons à l’identification et à la mise en bière des Fusillés.
Après un service funèbre, les 6 cercueils sont transportés à la morgue de Bar-le-Duc, avec le cérémonial d’usage, et accompagnés par une grande partie de la population de Naives à laquelle se joint sur le parcours la population de Bar-le-Duc »

Une anecdote : mon grand-père qui se trouvait dans sa chènevière lorsque les allemands ont dirigé les jeunes gens vers le lieu de sacrifice, nous racontait que ces résistants criaient « La mort ! La mort ! » Il pensait qu’ils redoutaient le tragique destin qui les attendait. Il ne sut qu’après, que ces hommes ne hurlaient pas « La Mort » mais appelaient leur lieutenant : Lamort le Gail !

Les 2 autres photos sont prises lors de l’inauguration de la Voie des fusillés nom donnée à la rue qu’ont empruntés les résistants pour rejoindre le lieu de leur massacre.

Sur le monument est inscrit le nom des 6 résistants fusillés

Alfred Bianchi,
Henri Baudemont
Pierre Louis Klein,
Pierre Eugène Rameau,
Vitalis Gotautas,
Zigmantas Gudelis.

Ainsi que celui du lieutenant Claude LAMORT DE GAÏL dont on n’a jamais retrouvé le corps.

Pendant qu’il en reste ….

Il fut un temps où l’eau était abondante dans les fontaines de nos villages
Et puis
Nous n’avons pas su prendre soin de ce liquide précieux
Pourtant la vie est née dans l’eau

Iô ! tu seras sans cesse
Des fontaines la princesse,
Moi célébrant le conduit
Du rocher percé, qui darde
Avec un enroué bruit
L’eau de ta source jasarde
Qui trépillante se suit.

Pierre de RONSARD

L’eau est devenue la plus précieuse de toutes les ressources naturelles… A une époque où l’homme a tout oublié de ses origines et reste aveugle aux nécessités les plus essentielles à sa survie ; l’eau, ainsi que d’autres ressources, est aujourd’hui la victime de cette indifférence.»
Rachel Carson.

Et là pour la première fois de ma vie, je vis mon Mississippi adoré, comme tari sous la brume estivale, ses eaux basses entre les berges élevées qui exhalent l’odeur crue du corps même de l’Amérique.

Sur la route – Jack Kerouac

« La source et le ruisselet, le ruisseau, la rivière et le lac semblent tous donner vie à la nature ; d’ailleurs nos ancêtres les considéraient comme des entités vivantes. L’eau est si magnifique vue dans le plan d’eau….. Le pouvoir de l’eau sur la terre est à peine plus puissant que celui qu’elle exerce sur l’esprit de l’homme.»

Sir John Lubbock.

Fontaine, ma fontaine, eau froidement présente, douce aux purs animaux, aux humains complaisante…

Paul Valéry

« Liquide est par définition ce qui préfère obéir à la pesanteur, plutôt que de maintenir sa forme, ce qui refuse toute forme pour obéir à sa pesanteur. Et qui perd toute tenue à cause de cette idée fixe, de ce scrupule maladif. »

Francis Ponge

EAU, subst. fém.
I.− Usuel
A.− [L’eau envisagée comme élément naturel]

  1. Au sing. Liquide incolore, inodore et sans saveur à l’état pur, formé par combinaison d’hydrogène et d’oxygène, de formule chimique H2O; un des quatre éléments de la physique ancienne :
  2. Il me semblait à la fin de ne plus apercevoir que tous les états de l’eau, − l’eau neige, − l’eau glace, − l’eau vive, − l’eau flaque mirant l’eau nuée, − l’eau vapeur dont les volutes libérées se détordent, se disloquent, s’attardent et se dissipent après nous. Valéry, Variété II,1929, p. 24.
  3. Eau, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte, sans te connaître. Tu n’es pas nécessaire à la vie : tu es la vie. Saint-Exupéry, Terre des hommes,1939, p. 242.
    CNRTL

D’un pas habité de lassitude

Verdun (55) le 16 octobre 2022

À l’ombre des arbres, confidents des chagrins
Au bord de la douce et mélancolique rivière
Au cours lent, léger, mais fier
Dont la fraîcheur nous contraint

Les arbres, caution silencieuse
Dans une ambiance apaisante
Absorbent les émotions écrasantes
Comme une caresse délicieuse

Dans cette allée jonchée de gouttes d’or
Elle flâne d’un pas habité de lassitude
Baignant doucement dans une solitude
Et rêvassant pour longtemps encor

Ecrit le 3 novembre 2022. Réécrit le 19 novembre 2024

La licorne

Une corne au milieu de mon crane
Fait-elle de moi
Une licorne ?
Bien sur que non !
Je n’ai pas les sabots d’ivoire, les dents d’acier ou la tête couleur de pourpre,
J’ai presque le corps couleur de neige,
Mais la corne de mon front ne porte pas les bariolures de l’arc en ciel
Je retourne donc sur les bords du Gange et dans la Mésopotamie,
Y frotter mon dos contre les palmiers,
Et me rouler dans les bambous

(Avec l’aide de Gustave Flaubert – La Tentation de Saint-Antoine)

Dodue

Reims (51) le 02 décembre 2018

La barrique voulut se faire aussi grosse que le bœuf
Mal lui en prit, sur le nez, la porte se referma
Tout le monde n’est pas un foudre de guerre.
Le fluet portail voyant la futaille ventripotente
Fit un magnifique Oh ! d’étonnement.
Ainsi, le dodu tonneau put s’introduire
Et régaler les fines gueules en pleine ripailles

Reims : la grande porte circulaire
Construit en 1898 sous la direction de l’architecte rémois Ernest Kalas pour la société de champagne Jules Mumm.
Aujourd’hui lieu d’élaboration et d’exposition multiculturel