On se souvient : « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme »
Lorsque j’ai pris cette photo de mon fils, j’ai aussitôt pensé à la chanson de Renaud. Comme un pressentiment. Aujourd’hui, à la lumière de ce que je sais désormais, cette image prend une autre dimension et éclaire un peu plus sa personnalité.
L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ». La photographie est du même ordre.
Son visage avait un profil Taillé dans le métal Une expression de scie Un éclat d’alliage gris A vous couper l’arbre ayant porté le fruit De l’élégance
Par les froids du temps Couvrant les prés et les ravins Où l’air vivifiant s’épure La feuille nouvelle, vulnérable Se protège des aiguilles de glace Dans le bourgeon tendre et gardien. Les jeux de lumière et de fragilité Rendent le souffle et l’âme Aux fantômes roidis du vivant
Dans la plupart de nos villages meusiens, chaque foyer nourrissait un cochon, qui, à son tour, nourrissait la famille.
Le repas du cochon était constitué d’épluchures, de quelques « patates », d’un peu de betterave et pour ceux qui en avaient la possibilité de farine d’orge. Le tout allongé avec les eaux de vaisselles (eh oui, pas de produits pour faire la vaisselle, éventuellement un peu de cendres pour récurer)
Une fois le Monsieur (on avait aussi beaucoup de respect pour cet animal) mort et découpé, il fallait « l’arranger ». Une grande partie terminait dans le saloir, d’autre, morceaux dans le saindoux (le saucisson se conserve très bien ainsi) ou dans les divers pâtés.
Mais que faire de certains morceaux qui ne se conservaient pas à une époque où les congélateurs n’existaient pas ?
C’est ainsi que parents et amis recevaient la charbonnée. Une part du cochon (un morceau de boudin, quelques « grillades », une ou deux côtes) était distribué autour de soi sans oublier l’instituteur et monsieur le curé.
Certes cet élan de générosité avait pour but d’entretenir l’amitié mais pas que ! En effet lorsqu’on avait reçu la charbonnée, il était de bon ton de rendre la pareille.
Ainsi, comme tous les foyers ne tuaient pas le cochon en même temps, chacun pouvait au cours de la saison déguster de la viande fraîche et laisser de côté, le temps d’un ou deux repas la salaison.
Dans la brume opaque et impalpable Où l’âme mystère se serre, Deux perches s’aimaient d’un amour tendre. Elles se cherchent sans se trouver Sur les flots sans écume Le pied prisonnier de la vase Elles ne sont pas de bois Et toute l’eau de l’océan N’empêchera cet amour platonique.
Elle était venue courir avec nous les profondes forêts, La botte couleur bonbon. Mais méditant lentement parmi le vert du silence, Le caoutchouc rose S’est perdue dans l’ombre lumineuse De ses illusions abandonnées.
On se souvient : de la vieille boite rouillée de la Coop.
Les Coop (les coopérateurs de lorraine pour nous) étaient un réseau d’épiceries et des commerces ambulants. C’était plus qu’un simple endroit pour faire ses courses, c’était un lieu de rencontre, de solidarité, et de vie communautaire. Je ne sais pas ce qu’il y avait dans cette boite (petits-pois, sauce tomate ou cirage, peu importe) mais je me souviens gamin, d’accompagner mon grand-père à la coop du village. Armé d’une carriole, nous allions chercher la caisse « 12 trous » de Jolis-Grains. C’était une aventure car, au retour il fallait remonter la côte bien raide et surtout ne pas oublier ou perdre les timbres-coop (véritable trésor) sinon la grand-mère nous sermonnait.
L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ». La photographie est du même ordre.
Par-delà les sentiers fleuris, Dans la prairie où le soleil s’étale flamboyant La lente araignée tend des cordes Où sèche un linge aux senteurs de fourrage Tremble dans le frais matin. Humble toile flottante d’une peintre animale Son univers se réduit à ce châssis tissé Par ses fragiles fils et ses délicats crochets.
Un vieux scooter de rêve pour faire le cirque dans le quartier Et la p’tite fille phonait Et la p’tite fille phonait Un morceau de ferraille usée qui m’colle encore au cœur et au corps
J’errais sur le flot écumant de la vie Sur mon bateau déboussolé. Tu as attaché à l’anneau de ton désir Ma petite barque lézardée Au port du destin Par un nœud irrésistible. Comme un lien Enlaçant mon cœur De ta corde d’amour Nos deux âmes à jamais sont liées.
Voyage incertain de la vie, Havre de tendresse paisible.