Adossé contre un mur dépouillé, Un nu alangui attend paisiblement L’arrivée d’un clou et d’un marteau. Je l’ai tenu par la main Pendant qu’il chante à tue-tête Son âme engourdie Afin de raccommoder les points de croix de son mystère. J’ai déchiré le drap éthéré de l’apparence, Pour dénuder la toile grossière du canevas
Un vieux scooter de rêve pour faire le cirque dans le quartier Et la p’tite fille phonait Et la p’tite fille phonait Un morceau de ferraille usée qui m’colle encore au cœur et au corps
Non, ce n’est pas un bateau offshore qui va rugir ni même un aviron qui va faire des vaguelettes. Juste une feuille qui se redresse pour effectuer une chorégraphie, telle une nageuse de natation synchronisée. Beauté éphémère, atmosphère douce et contemplative. La danseuse a quitté sa branche pour plonger dans la mare. Le murmure du limbe touchant l’eau, la sensation humide contre sa peau fragile. Son pari ? Se trémousser pendant quelques heures dans l’eau. Elle va lutter, et fendre l’eau pour guider ses mouvements malgré les difficultés du milieu. Malheureusement, peu de spectateurs pour découvrir un véritable ballet aquatique, esthétique et graphique. Les spectacles les plus discrets sont des scènes poétiques et délicates.
Certains jours j’aimerais bien être une chaise Une chaise rouge bien entendu pour que vous me remarquiez Je vivrais dans un beau parc et vous vous exclameriez « oh ! J’ai enfin trouvé le siège de ma vie » ! Bien sûr, j’ai ajouté deux accoudoirs
Oh ! Point de suffisance de ma part, juste le désir de mieux vous enlacer Nous passerions de beaux après-midi ensoleillés, à l’ombre de majestueux marronniers Vous, rêvassant un livre à la main Moi, savourant vos caresses et m’étourdissant de vos parfums
Comme les amours d’adolescent qui ne durent qu’un été Dès les premiers frimas de l’automne Vous me quitterez pour retrouver au coin de la cheminée Ce prétentieux fauteuil voltaire
Je suis peut-être de fer, mais j’ai aussi un cœur Et ce qui faisait de ma vie une longue joie Se transformera en un lourd fardeau du chagrin très obscur Comme de longues nuits d’hivers brumeuses
J’attendrai dans les ténèbres froides aux morsures d’acier La réapparition des premières fleurs du printemps Annonciatrices du retour de la belle Je goûterais à nouveau le bonheur qu’apporte votre présence.
L’automne saigne les arbres De ses ocres aux tons chauds Le rêveur content d’être seul En quête de sensations profondes Dans son pull-over pour avoir bien chaud Désir de se protéger du monde extérieur Chemine sous la lumière tamisée et calme Aux impressions essentielles et intenses Ambiance propice à la réflexion et à la méditation Vers l’horizon acéré de l’infini Au caractère vaporeux et brumeux. Quête intérieure sans fin
C’est l’angoisse qui crispe les visages Bientôt ils vont monter les marches Attendus par une flopée de journalistes et d’échotiers Leurs pas les dirigent vers la renommée Où leur intimité se noiera Dans l’arène de la célébrité
Point besoin de chevalet ni de toile Point besoin de palette ni de petit-gris Émerveillons-nous des teintes picturales De l’automne en plein charivari
Oubliés les gammes principales Plus aucune forfanterie Des verts les plus pâles D’autres coloris expriment leurs hystéries
Les havanes des fayards qui pavanent Les roux des charmes en courroux Les orangés des aubépines outragées Les jaunes des nobles chênes qui trônent
Rien de terne rien de fade A travers la campagne qui fane Toutes les tonalités s’y greffent Pour mettre en évidence les reliefs Chaque éclat doré resplendit Chaque reflet safran éblouit Alors pourquoi clamer, Arrière-saison !
Dans le temps suspendu d’octobre L’atmosphère et les sensations agitées Condensent la brume en nappes sans couleurs Le ciel aux nuages lourds et chagrins Regarde les feuilles brunies et désabusées Voyager avec une langueur décourageante Vers les fleurs qui vont rendre l’âme Demain au petit matin, une rumeur de soleil Donnera libre cours à une odeur légère De souvenirs d’une saison du monde