Comme un serpent mystérieux

Comme un serpent mystérieux en caoutchouc
Capable de se faufiler et de se mouvoir avec souplesse
L’eau va chercher un renseignement confidentiel
Quête secrète
Dans le tuyau de la confidence
La pluie, ce liquide fuyant
Se déverse mécaniquement et sans nuance
Sur le tapis vert de l’herbe tranchée
Contrôle du passage
Liberté du chenal

Sur le mince fil à linge

Sur le mince fil à linge
Long brin de fragilité
Les rectangles de toile blanche
Suspendus
Vulnérables
Tiennent par les branches
Articulées des pinces à linge
Gaieté monotone
En plastique de couleurs vives.
Les torchons se serrent la pince
Solidaires
Partagent une complicité
Dans l’attente d’être séchés
Caressés
Par le vent ou le soleil.
Scène ordinaire
Tranquillité domestique

Moment partagé

Deux vieux complices d’antan,
Dans le bruit de leur rire fatigué
Usés par le temps lentement grignoté
Comme des trognons de pommes,
Buvaient une gorgée de cidre réconfortante,
Après chaque morceau de souvenirs de jeunesse
Dans une lumière intime et mélancolique
et une odeur douce-amère de boisson fermentée.

Moment partagé,
Chaleur de la mémoire

La belle et le lierre

Brissac (49) le 8aout 2005

Elle n’avait d’ami que le vent sur ses pierres
Toujours tendrement enlacée par d’antiques lierres
Dans cette solitude témoin de tant de choses,
Elle aurait préféré un couvert de roses

Dans son regard plein de doute et de tristesse.
Le lierre l’enveloppait de ses caresses
Cajoleur compagnon aux lascives persévérances
Il l’embrassait, la soutenait, sans irrévérences

Avec un certain panache
« je meurs ou je m’attache »
Ces deux cœurs à jamais sont liés
Vivront, refleuriront les jours ensoleillés

Derrière ce délicat jardin clos,
Ce matin, un amour a éclos,
Le lierre restera tendrement enlacé
Comme un souvenir vivant du cher passé.

Vers le vide du ciel

Vers le vide du ciel, dans la lumière blonde,
Semblent monter, embrasée de feu
Sans bruits assourdis, une fusée vagabonde
Quand le soleil perce peu à peu.

Emportant nos pensées obscures de la nuit
Nos angoisses, nos fièvres et nos souffrances,
Notre esprit en pleurs, le temps qui fuit,
Pour laisser enfin perler nos espérances

Toucher la lumière de l’existence
Toucher le soleil de la vie intense

Les anges pensent aussi à la mort

Cimetière Saint-Hilaire, Marville (55) 12 juin 2014

Les anges pensent aussi à la mort
Assis sous le vénérable sycomore
Sur cette dalle diffuse, de pierre,
Ils semblent prosternés en prière,

Dans un terrible et vibrant trémor
Engendré par la remontée de leur remords
Ils sanglotent des larmes lourdes
A leurs épaisses et éternelles bourdes