Dans le temps suspendu d’octobre L’atmosphère et les sensations agitées Condensent la brume en nappes sans couleurs Le ciel aux nuages lourds et chagrins Regarde les feuilles brunies et désabusées Voyager avec une langueur décourageante Vers les fleurs qui vont rendre l’âme Demain au petit matin, une rumeur de soleil Donnera libre cours à une odeur légère De souvenirs d’une saison du monde
On se souvient de ce pré en face lorsqu’il était blanc de neige. Et descendant sur la luge, toi devant, tu pris les barbelés en arrivant en bas. On se souvient, de ce plateau en face, où nous allions garder les moutons. Et malgré les aiguillons des genévriers, nous grappillions les avrillots à pleines poignées. On se souvient du nombre de fois que nous grimpions et descendions cette côte pour couper orties et chardons. On se souvient, de cette laiterie – mais si, on y voit bien la toiture – où nous allions chercher la crème que la laitière nous déversait directement sur le saladier de fraises que nous venions de ramasser. Et on se souvient surtout de ce jardin à la terre ingrate, de ce grand-père binant inlassablement, de cette grand-mère récoltant les flageolets. Et le goût des groseilles, framboises, mirabelles, sugnettes et norbertes nous revient à la bouche immédiatement comme toutes les madeleines de notre enfance.
L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ». La photographie est du même ordre
Tu faisais la fierté des trente glorieuses Mais construit trop vite et avec du pas-cher Tu décrépis au fil des ans Ils tentèrent de te rhabiller Mais ce grimage ne suffit pas. En face, la moyenâgeuse Tour de l’Horloge Continue d’égrener ses minutes Interprétant ainsi la caducité De ce monde dit moderne.
On emprunte une rue, on se gare sur un parking. Au coin, une plaque porte un nom… Mais qui étaient-ils ? Ainsi à Verdun, il existe la rue et le parking des Frères BOULHAUT C’est en l’honneur de 2 frères d’une fratrie de 6 que l’on a nommé ce lieu. Léopold BOULHAUT et de Marie Clémence LETRIQUE de Verdun eurent 6 enfants. L’histoire en a retenu 2 :
— Pol BOULHAUT né le 7 février 1882 à Dieue-sur-Meuse. Saint-Cyrien, il est tué le 17 février 1908 au combat de Ber-Rebaa (Maroc). Lors de l’enterrement du lieutenant BOULHAUT, le 11 mars 1908 à l’église Notre-Dame-de-Lorette à Paris, une foule nombreuse se recueille parmi laquelle se trouve un grand nombre de personnalités dont Paul Déroulède et Maurice Barrés. En effet Pol BOULHAUT est le gendre d’Ernest Barillier homme politique et conseiller municipal de Paris.
— L’abbé Albert BOULHAUT né le 7 octobre 1883 à Verdun-sur-Meuse. Il devint prêtre en 1907. Et quelques années plus tard, la guerre en fit un aumônier militaire. Il y déploya un courage devenu fameux sur le champ de bataille de Verdun, ce qui lui valut la Légion d’honneur, la croix de guerre et 4 citations. Il resta dans l’armée jusqu’à 1935. Il fut alors nommé curé de Saint-Sauveur où il fut un constant exemple de charité. Homme érudit par ailleurs, il accéda au poste de bibliothécaire de la ville de Verdun et écrivit en collaboration l’histoire de Verdun (notamment pour la période de 1870 à nos jours) et de nombreux articles. Il fut par deux fois président de la Société Philomathique de Verdun. Il décède le 25 mars 1962 à Verdun.
C’était au beau milieu de la Meuse Pendant de longs jours, se reflétant dans son miroir Les languissantes feuilles attendaient de voir A l’automne, un irréel incendie
Il n’y a rien. Cela apparemment n’intéresse pas la mémoire collective. On ne fait pas un livre avec des images d’écluses, d’aiguillages fortifiés, de tréfileries au temps roi de l’acier, et encore moins de livres avec cet arrière des villes, par quoi presque elles se laissent caresser et avouent, laissent percer par quoi, quelle que soit leur taille, c’est encore affaire de vie en bras de chemise, de linge qu’on met à sécher et de fauteuils plastiques qu’on arrange dans une cour, affaire de nains de jardin sur les pelouses bombées des pavillons années soixante-dix au bord des chefs-lieux de canton que le train rogne même s’il n’y a plus de gare.
Des tournesols avaient grandi au petit bonheur Ambré comme le soleil, comme le plaisir qui se répand. Ce cadran solaire marque toujours la bonne heure Et éparpille dans l’univers des graines de nuage, Comme une poignée de mots jetés à l’aveuglette Pour s’aimer généreusement, Comme on sème des éclats de lumière, Dans le cœur de la bien-aimée Illuminant les vies de ceux qui se rencontrent Afin que l’âme s’apaise dans une paix intérieure.
l y aura 81 ans, à Naives-devant-Bar, furent fusillés par les Allemands six héros d’un groupe de Résistance. Je ne vous conterais pas l’histoire, d’autres l’ont mieux décrite que moi (lien). Mais c’est l’occasion de ressortir quelques vieilles photos des archives familiales.
Elles ne sont malheureusement pas datées mais les 2 premières sont certainement prises le 1er septembre comme on peut le lire dans le Journal de l’instituteur de l’époque, monsieur Louis Pelletier : « Le vendredi, après le départ des allemands qui avait eu lieu la veille à 17h30, le maire de Naives-devant-Bar, fait confectionner 6 cercueils, et vers 19h, aidé de la section FFI de Bar-le-Duc, nous procédons à l’identification et à la mise en bière des Fusillés. Après un service funèbre, les 6 cercueils sont transportés à la morgue de Bar-le-Duc, avec le cérémonial d’usage, et accompagnés par une grande partie de la population de Naives à laquelle se joint sur le parcours la population de Bar-le-Duc »
Une anecdote : mon grand-père qui se trouvait dans sa chènevière lorsque les allemands ont dirigé les jeunes gens vers le lieu de sacrifice, nous racontait que ces résistants criaient « La mort ! La mort ! » Il pensait qu’ils redoutaient le tragique destin qui les attendait. Il ne sut qu’après, que ces hommes ne hurlaient pas « La Mort » mais appelaient leur lieutenant : Lamort le Gail !
Les 2 autres photos sont prises lors de l’inauguration de la Voie des fusillés nom donnée à la rue qu’ont empruntés les résistants pour rejoindre le lieu de leur massacre.
Sur le monument est inscrit le nom des 6 résistants fusillés
Alfred Bianchi, Henri Baudemont Pierre Louis Klein, Pierre Eugène Rameau, Vitalis Gotautas, Zigmantas Gudelis.
Ainsi que celui du lieutenant Claude LAMORT DE GAÏL dont on n’a jamais retrouvé le corps.