
Sous ce ciel trop vaste
Flottent les nuages étranges
De nos sombres souvenirs
Mais la transparence essentielle
D’un lambeau de rayon
De nos espoirs qui passe
Ignore la fade mélancolie
De nos quelconques vies
07/10/2024

Sous ce ciel trop vaste
Flottent les nuages étranges
De nos sombres souvenirs
Mais la transparence essentielle
D’un lambeau de rayon
De nos espoirs qui passe
Ignore la fade mélancolie
De nos quelconques vies
07/10/2024

Le Pont du Gard – 1981
On se souvient : le pont du Gard
Qui pourrait croire aujourd’hui qu’on marchait librement sur le haut du pont du Gard ?
C’était en 1981. Nous avancions là-haut, à près de cinquante mètres au-dessus du Gard en basses eaux, sans vraiment mesurer la hauteur. Le vide ne nous effrayait pas encore, il était simplement là, immense et tranquille, comme indifférent à notre présence. Le vent glissait sur la pierre blonde chauffée par le soleil, et sous nos pieds, la canalisation romaine, couverte de ses dalles millénaires, traçait sa ligne droite immuable, exactement comme elle le faisait deux mille ans plus tôt.
On marchait sans contrainte. Personne pour compter les pas, personne pour limiter l’accès. Le monument semblait encore respirer à son rythme antique.
Marcher sur ces dalles, c’était marcher littéralement dans les pas des bâtisseurs romains, sans barrières, avec pour seule protection son propre équilibre et cette lumière du gardon qui chauffait le calcaire coquillier, dégageant cette odeur de pierre chaude et de garrigue.
Depuis l’aménagement massif des années 1990-2000, l’accès à la conduite est réservé à des visites encadrées.
Nous sommes devenus trop nombreux pour que les pierres restent sauvages.
Avec le tourisme de masse, le monument aurait fini par s’effriter sous les pas, et les accidents auraient multiplié les drames.
À l’ère du tourisme millimétré, imaginer des marcheurs déambulant librement sur la canalisation romaine, à 48 mètres au-dessus du vide, relève désormais presque du mythe.
On peut regretter cette perte de liberté. Mais elle est le revers inévitable du succès, avec plus d’un million de visiteurs par an.
Reste le souvenir d’avoir marché là-haut, presque au sommet du ciel, dans une époque où personne ne pensait encore qu’il faudrait un jour protéger les pierres contre les hommes.
Et personne ne pourra m’enlever cette sensation d’avoir flotté au-dessus de l’histoire, là où le vent était le seul guide.
L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre.

La pie, curieuse et bavarde,
Qui aime se percher sur la tête de bronze, crie aux quatre coins de l’horizon :
« Au voleur, au voleur ».
L’agace seule conscience morale de la scène
Vient de se rendre compte que le cœur des hommes a disparu.
Seul celui qui connaît le vol pouvait en reconnaître l’odeur.
L’agitation de la pie et le silence des statues figées de terreur
Nous alertent sur la perte d’humanité
Vidé de son sang de bienveillance,
Le cœur humain est pareil à un noyau d’airain.
Résidu métallique, industriel, sans chaleur ni porosité.
Qui a volé ce cœur ? Le temps ? L’indifférence ?
08/10/2024

De jour en jour, et par les deux côtés de mon intelligence, le moral et l’intellectuel, je me rapprochai donc peu à peu de cette vérité, dont la découverte partielle a entraîné pour moi un si terrible naufrage : à savoir, que l’homme n’est en réalité pas un, mais bien deux. Je dis deux, parce que l’état de mes connaissances propres ne s’étend pas au-delà. D’autres viendront après moi, qui me dépasseront dans cette voie, et j’ose avancer l’hypothèse que l’on découvrira finalement que l’homme est formé d’une véritable confédération de citoyens multiformes, hétérogènes et indépendants.
L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde – Robert Louis Stevenson

Une chaîne était amoureuse de sa voisine.
En tendant son bras rouillé vers elle
Avec un grincement peureux et lugubre,
Elle entrelace de ses anneaux tordus et rudes
Les maillons jaunes de la jeune captive,
Enchaînée au creux chaud de la corrosion.
Les deux serpents métalliques
Ondulent et se déroulent
Loin de la foule indifférente
04/10/2024

Juste une touche de couleur
Comme un antidouleur
Comme un modeste leurre
À tous tes malheurs
19 octobre 2022

C’est un vrai compte à rebours
Pour les deux lierres
Ils se tirent la bourre
En rampant sur la pierre
Et comme d’habiles sherpas
Ou une frégate à pleines voiles
Ils partent à la conquête, pas à pas
Du ciel et du silence des étoiles
19 septembre 2021

La Meuse endormie est sortie de son lit
Rien qui ressemble aux drames d’autres régions.
Elle est paisible, lente et serpente calmement à travers les plaines.
Une tranquillité trompeuse.
Mais après des périodes pluvieuses intenses, une force s’accumule et sans faire de bruit, le réveil est parfois brusque.
Nous sommes habitués aux humeurs du fleuve
Cette année, elle nous aura laissé tranquille, car il arrive comme le dit ce dicton que lorsqu’elle saute avant la St-Nicolas alors elle sautera 7 fois dans l’hiver. Ce qui s’est déjà vérifié.
Nous sommes à 2,26 m (station de Verdun – Pont Chaussée) encore assez loin des 3 dernières grandes crues :
Crue de janvier 2002 : 3.98 m
Crue de mai 1983 : 3.42 m
Crue de décembre 2011 : 3.02 m
La crue de 1983 est restée gravée dans les mémoires, car elle était particulièrement tardive (en mai !), prouvant que la Meuse peut être imprévisible, même quand on pense l’hiver terminé. Les foins étaient fauchés dans la vallée, tout fut perdu et il fallut tout brûler.

Le banc enfermé dans la nostalgie des jours passés est un peu jaloux du dynamique toboggan rouge.
Son bois usé et décrépit ne voit plus le public se reposer, alors que les enfants tonitruants continuent à glisser sur la piste rubis et éclatante.
3/10/2024

Adossé contre un mur dépouillé,
Un nu alangui attend paisiblement
L’arrivée d’un clou et d’un marteau.
Je l’ai tenu par la main
Pendant qu’il chante à tue-tête
Son âme engourdie
Afin de raccommoder les points de croix de son mystère.
J’ai déchiré le drap éthéré de l’apparence,
Pour dénuder la toile grossière du canevas