
Son visage avait un profil
Taillé dans le métal
Une expression de scie
Un éclat d’alliage gris
A vous couper l’arbre
ayant porté le fruit
De l’élégance
24/09/2024

Son visage avait un profil
Taillé dans le métal
Une expression de scie
Un éclat d’alliage gris
A vous couper l’arbre
ayant porté le fruit
De l’élégance
24/09/2024

Par les froids du temps
Couvrant les prés et les ravins
Où l’air vivifiant s’épure
La feuille nouvelle, vulnérable
Se protège des aiguilles de glace
Dans le bourgeon tendre et gardien.
Les jeux de lumière et de fragilité
Rendent le souffle et l’âme
Aux fantômes roidis du vivant
21/12/2024

Dans la plupart de nos villages meusiens, chaque foyer nourrissait un cochon, qui, à son tour,
nourrissait la famille.
Le repas du cochon était constitué d’épluchures, de quelques « patates », d’un peu de betterave et pour ceux qui en avaient la possibilité de farine d’orge. Le tout allongé avec les eaux de vaisselles (eh oui, pas de produits pour faire la vaisselle, éventuellement un peu de cendres pour récurer)
Une fois le Monsieur (on avait aussi beaucoup de respect pour cet animal) mort et découpé, il fallait « l’arranger ». Une grande partie terminait dans le saloir, d’autre, morceaux dans le saindoux (le saucisson se conserve très bien ainsi) ou dans les divers pâtés.

Mais que faire de certains morceaux qui ne se conservaient pas à une époque où les congélateurs
n’existaient pas ?
C’est ainsi que parents et amis recevaient la charbonnée. Une part du cochon (un morceau de boudin, quelques « grillades », une ou deux côtes) était distribué autour de soi sans oublier l’instituteur et monsieur le curé.
Certes cet élan de générosité avait pour but d’entretenir l’amitié mais pas que ! En effet lorsqu’on avait reçu la charbonnée, il était de bon ton de rendre la pareille.
Ainsi, comme tous les foyers ne tuaient pas le cochon en même temps, chacun pouvait au cours de la saison déguster de la viande fraîche et laisser de côté, le temps d’un ou deux repas la salaison.

(Photo: archives perso)

Dans la brume opaque et impalpable
Où l’âme mystère se serre,
Deux perches s’aimaient d’un amour tendre.
Elles se cherchent sans se trouver
Sur les flots sans écume
Le pied prisonnier de la vase
Elles ne sont pas de bois
Et toute l’eau de l’océan
N’empêchera cet amour platonique.
23/09/2024

Elle était venue courir avec nous les profondes forêts,
La botte couleur bonbon.
Mais méditant lentement parmi le vert du silence,
Le caoutchouc rose
S’est perdue dans l’ombre lumineuse
De ses illusions abandonnées.
Innocence égarée,
Dure réalité

On se souvient : de la vieille boite rouillée de la Coop.
Les Coop (les coopérateurs de lorraine pour nous) étaient un réseau d’épiceries et des commerces ambulants.
C’était plus qu’un simple endroit pour faire ses courses, c’était un lieu de rencontre, de solidarité, et de vie communautaire.
Je ne sais pas ce qu’il y avait dans cette boite (petits-pois, sauce tomate ou cirage, peu importe) mais je me souviens gamin, d’accompagner mon grand-père à la coop du village. Armé d’une carriole, nous allions chercher la caisse « 12 trous » de Jolis-Grains. C’était une aventure car, au retour il fallait remonter la côte bien raide et surtout ne pas oublier ou perdre les timbres-coop (véritable trésor) sinon la grand-mère nous sermonnait.
L’écriture pour Annie Ernaux est une volonté obstinée de combattre l’oubli et de l’utiliser comme un « activateur de mémoire ».
La photographie est du même ordre.

Par-delà les sentiers fleuris,
Dans la prairie où le soleil s’étale flamboyant
La lente araignée tend des cordes
Où sèche un linge aux senteurs de fourrage
Tremble dans le frais matin.
Humble toile flottante d’une peintre animale
Son univers se réduit à ce châssis tissé
Par ses fragiles fils et ses délicats crochets.
Travail minutieux,
Harmonie silencieuse.
Le 18/09/2024

Un vieux scooter de rêve pour faire le cirque dans le quartier
Et la p’tite fille phonait
Et la p’tite fille phonait
Un morceau de ferraille usée qui m’colle encore au cœur et au corps
Avec l’aide de Laurent Voulzy

J’errais sur le flot écumant de la vie
Sur mon bateau déboussolé.
Tu as attaché à l’anneau de ton désir
Ma petite barque lézardée
Au port du destin
Par un nœud irrésistible.
Comme un lien
Enlaçant mon cœur
De ta corde d’amour
Nos deux âmes à jamais sont liées.
Voyage incertain de la vie,
Havre de tendresse paisible.
17/09/2024

Aujourd’hui on fête Saint-Nicolas
C’est donc le moment de réapprendre sa légende en…
… patois meusien

Saint-Nicolas ava trois z’affants
Yun p’tiot et li z’aut’ grands
El’ avont d’mandé le congi
D’aller jouer jusqu’au soupi.
El’avont été et tant v’nus
Que l’soleil on n’est pu r ‘vu
Y s’avont anallés assi l’bouchi
Pou l’y demander à logi.
« — Bouchi ! Bouchi ! veut’ nù logi ?
Fàç’la par pitié, bouchi !
— Allez’-v’za, mi biaux z’affants
J’avan trop d’apich’mants ! »
Sa femme qui éta derri lû
Aussitout, le conseillant :
« El’ avont tout plei d’ârgent,
J’a s’rons riches marchands !
— Av’ nez ! Av’ nez ! mi biaux affants,
J’’prenrans l’mau d’vû logi ! »
Y n’étinmes pu tout attrés
Qui d’mandérent à mingi.
On li z’est fà fou bin souper,
On li z’est mins blanch’ ma couchî.
Quand il est été ménoïe,
Pourtant s’coutiau, y s’analoïe.
Y li z’est prins, li z’est tués
Deda un touni, li z’est salés.
Quand c’est été v’nu au bout d’sept ans,
V’la l’père di trois z’affants.
-« Bouchi ! Bouchi ! Oh, loge-mû !
Si t’nime trop d’embarras.
— Av’ nez ! Av’ nez Saint-Nicolas,
J’prenrans l’mau d’vû logi ! »

Mais y n’fûm’ pu tout attré
Qui l’est d’mandé à soupî.
On li est appourté don jambon,
Y n’a vu poi, y n’em’ bon !
On l’y appourta don rôti,
Y n’a vû poi, y n’em’ coïe
On l’y appourta don la pin,
Y n’a vù poi, y n’em faim.
-« Appourtez m’don salé
Qui li est sept annéïes qu’v’avez ! »
Quand lû bouchi est oïeu c’la,
Tout courant y s’sauva.
-« Bouchi, Bouchi ! nu t’sauv’ mi,
D’mande-mû pardon, tu l’ari ;
Mais ta femme nû l’aremme,
C’est été léïe qui t’est conseilli !
Elle s’rait padue et bralaïe
Au mitant d’la place don marchi ! »
Saint-Nicolas d’si trois doigts
Li trois z’affants ressuscita.
Lû Pierr’ est dit : « J’a bin dormi ! »
Lû Jean est : « Et mi étout !… »
Lû pu p’tiot est ajouti :
« Jû m’m croyoïe au Paradis ! «

Source : Au pays meusien, mœurs et coutumes locales. Georges Lionnais 1912.